Vous venez d’être licencié, ou vous avez démissionné, et votre préavis commence. Pouvez-vous vous absenter, sur votre temps de travail, pour chercher un nouvel emploi — et ces heures sont-elles payées ? La réponse dépend d’abord de votre convention collective, de votre contrat et des usages de votre entreprise. Voici les règles 2026, la méthode de calcul en euros et des exemples chiffrés.
Heures de recherche d’emploi : de quoi parle-t-on exactement ?
Les heures de recherche d’emploi sont des autorisations d’absence pendant le préavis pour chercher un nouvel emploi : répondre à des offres, passer des entretiens, rencontrer un recruteur. Elles ne se confondent ni avec des congés payés, ni avec des RTT, ni avec une dispense de préavis : votre contrat court toujours, mais une partie de votre temps de travail est libérée.
Le point de départ surprend souvent : le Code du travail ne prévoit, en métropole, aucun droit général à ces heures. Autrement dit, sans texte qui les accorde, votre employeur n’est pas obligé de vous les donner, et vous ne pouvez pas quitter votre poste pendant vos heures de travail pour chercher un emploi sans son accord. La recherche d’emploi reste alors une activité personnelle. C’est la convention collective, l’accord d’entreprise, l’usage ou votre contrat qui crée le droit et en fixe le volume, les modalités et la rémunération.
Une seule exception légale : en Alsace-Moselle, l’article L1234-17 prévoit que, pendant le préavis de licenciement, l’employeur accorde au salarié qui le demande « un délai raisonnable pour rechercher un nouvel emploi ». Aucun nombre d’heures n’est fixé par la loi, mais c’est un fondement légal que le reste de la France n’a pas.
Quand plusieurs sources coexistent, c’est la plus favorable au salarié qui s’applique. Vérifiez dans cet ordre : contrat, convention collective, accord d’entreprise, usages de la société. Un accord ponctuel avec l’employeur suffit parfois, mais mettez-le toujours par écrit.
Qui peut en bénéficier, et qui en est exclu ?
Deux conditions : vous devez réellement chercher un emploi — poste déjà retrouvé ou départ à la retraite, et l’employeur peut refuser — et être en période de préavis après un licenciement ou une démission. Les salariés en CDD et les salariés dispensés de préavis n’y ont en principe pas droit.
Le licenciement est le cas le plus favorable : les conventions qui prévoient ces heures les accordent presque toujours au salarié licencié, et elles sont presque toujours rémunérées. La démission est plus contrastée : mêmes heures, heures réservées au licenciement, ou heures non rémunérées. Le bâtiment ne les indemnise qu’en cas de licenciement ; la boucherie les rémunère dans les deux cas ; les experts-comptables les maintiennent sans diminution de salaire pour un démissionnaire de cinq ans d’ancienneté.
L’employeur peut refuser les heures s’il prouve qu’elles sont inutiles pour vous — emploi déjà trouvé, par exemple. Conservez donc vos convocations d’entretien : ce sont vos justificatifs en cas de litige.
Combien d’heures : les volumes les plus fréquents
Le volume le plus répandu est de 2 heures par jour ouvré. C’est la formule de l’optique-lunetterie de détail, pour ouvriers comme cadres, en licenciement comme en démission, sans réduction de salaire — les absences y sont fixées alternativement un jour au gré de l’employeur, un jour au gré du salarié.
D’autres conventions raisonnent au mois. La métallurgie autorise 2 h 30 par jour travaillé, dans la limite de 50 heures par mois, sans réduction de rémunération — et une journée par quinzaine pour les salariés en forfait jours. À temps partiel, le volume est réduit en proportion : 40 heures par mois à 80 %.
Le volume peut varier selon l’ancienneté ou la catégorie. Lisez le chiffre exact de votre convention, y compris son plafond mensuel : 2 heures par jour sur 22 jours ouvrés donnent 44 heures, et le plafond mensuel prime sur le simple produit jours × heures.
| Situation | Volume habituel | Rémunération |
|---|---|---|
| Optique-lunetterie de détail | 2 h par jour ouvré | Payées, sans réduction de salaire |
| Métallurgie (salariés) | 2 h 30 par jour travaillé, max 50 h / mois | Payées, sans réduction de rémunération |
| Métallurgie (forfait jours) | 1 journée par quinzaine travaillée | Payée |
| Bâtiment (démission) | Selon la convention | Non indemnisées |
| Boucherie (licenciement ou démission) | Selon la convention | Rémunérées |
Comment calculer la valeur de vos heures en euros
La méthode est simple, mais elle demande de partir du bon taux horaire. Pour un salarié mensualisé à 35 heures, le taux horaire de référence se calcule ainsi :
Taux horaire = salaire brut mensuel ÷ 151,67
Le diviseur 151,67 correspond à 35 heures × 52 semaines ÷ 12 mois. Si votre contrat prévoit une autre durée — 39 heures, temps partiel, forfait — adaptez le diviseur : pour un temps partiel à 28 heures, divisez par 121,33 (28 × 52 ÷ 12) ; pour un 39 heures avec des heures supplémentaires structurelles, partez du salaire brut incluant ces heures et du nombre d’heures mensuelles réellement payées.
La durée de votre préavis — fixée par les règles du préavis de démission ou du licenciement — détermine le nombre total d’heures disponibles. Ensuite, le calcul se décline en trois formules selon votre situation :
- Heures payées prises pendant le préavis : salaire maintenu = nombre d’heures prises × taux horaire. Il ne s’agit pas d’un supplément de salaire, mais de l’absence de retenue : ces heures sont payées comme si vous aviez travaillé.
- Heures non prises à la demande de l’employeur : indemnité = nombre d’heures non prises × taux horaire, uniquement si votre convention le prévoit. Sans disposition en ce sens, les heures non utilisées ne donnent droit à aucune indemnité.
- Heures non rémunérées (démission dans certaines conventions) : retenue = nombre d’heures prises × taux horaire. Votre bulletin de paie du mois affiche alors une déduction correspondante.
Attention : ces heures ne prolongent pas le préavis et ne se reportent pas automatiquement, sauf cumul prévu par votre texte. Une absence payée n’est pas du temps de travail effectif et ne génère pas d’heures supplémentaires. Le préavis, lui, continue de compter pour l’ancienneté et les congés payés.
Exemple 1 : employé licencié, 2 200 € brut, 2 heures par jour
Karim, employé dans l’optique, est licencié avec un préavis de deux mois. Son salaire brut mensuel est de 2 200 €. Son taux horaire est de 2 200 ÷ 151,67 = 14,50 €. Sur un mois de 22 jours ouvrés, il dispose de 44 heures de recherche d’emploi. Valeur du salaire maintenu sur le mois : 44 × 14,50 = 638 €. Sur les deux mois de préavis, si les deux mois comptent 22 jours ouvrés chacun, le total atteint 88 heures, soit 1 276 € de salaire maintenu pendant ses absences.
Exemple 2 : cadre de la métallurgie, 3 800 € brut, plafond de 50 heures
Claire, cadre dans la métallurgie, est licenciée avec un préavis de trois mois. Son salaire brut est de 3 800 €, soit un taux horaire de 3 800 ÷ 151,67 = 25,05 €. Elle dispose de 50 heures par mois, soit 150 heures sur l’ensemble du préavis, pour une valeur de 150 × 25,05 = 3 757,50 € de salaire maintenu. Si son employeur bloque 30 heures le dernier mois, elle touchera 30 × 25,05 = 751,50 € d’indemnité. Si c’est elle qui renonce à 20 heures, ces 20 heures sont perdues, soit 501 € de droit non utilisé.
Exemple 3 : salariée à temps partiel 80 %, 1 600 € brut
Sophie travaille à 80 %, soit 28 heures par semaine, pour 1 600 € brut. Son taux horaire est de 1 600 ÷ 121,33 = 13,19 €. Son plafond métallurgie est proratisé : 50 × 80 % = 40 heures par mois, soit 40 × 13,19 = 527,60 € de salaire maintenu. Ne réclamez pas 50 heures à 80 % : l’employeur appliquera la proportion.
Exemple 4 : démissionnaire dans le bâtiment, heures non rémunérées
Mehdi, ouvrier du bâtiment, démissionne avec un brut de 2 000 €, soit 13,19 € de l’heure. Sa convention n’indemnise ces heures qu’en cas de licenciement. S’il prend 2 heures par jour pendant 20 jours ouvrés, la retenue sera de 40 × 13,19 = 527,60 €. Il doit arbitrer : 500 € ce mois-là contre un nouvel emploi trouvé plus vite.
Prendre ses heures : organisation, cumul et justificatifs
La prise des heures se négocie avec l’employeur : dans beaucoup de conventions, les créneaux sont fixés alternativement par l’employeur et par le salarié. Vous pouvez demander à les regrouper, mais le regroupement n’est un droit que si votre texte prévoit le cumul (fin de semaine, de mois ou de préavis).
Formulez votre demande par écrit — lettre recommandée ou e-mail — en citant le texte applicable, le nombre d’heures et les créneaux souhaités. Vous pouvez aussi la formuler dans votre lettre de démission. Si l’employeur ne répond pas, relancez par écrit avant de vous absenter : une absence non autorisée peut être sanctionnée.
Gardez une trace de l’usage réel de vos heures : convocations, confirmations de rendez-vous, échanges avec des recruteurs. N’utilisez pas ces heures pour autre chose : un détournement avéré peut justifier le refus des heures suivantes.
Deux cas particuliers : dès que vous retrouvez un emploi, les heures cessent d’être autorisées. Et si l’employeur vous dispense de préavis, vous êtes payé normalement jusqu’à son terme — les heures n’ont alors plus d’objet, vous disposez déjà de votre temps.
Heures non prises : quand êtes-vous indemnisé ?
C’est la question qui coûte le plus cher, car la réponse par défaut est défavorable : sans disposition conventionnelle ou usage contraire, les heures non utilisées ne donnent droit à aucune indemnité. D’autres conventions prévoient l’inverse : si l’employeur vous demande de ne pas prendre vos heures, vous percevez à votre départ une indemnité correspondant aux heures inutilisées.
Donc : heures non prises de votre initiative, le plus souvent perdues ; heures non prises à la demande de l’employeur, indemnisées si votre texte le prévoit (heures × taux horaire), en plus de votre solde de tout compte. Vérifiez cette ligne sur votre dernier bulletin : une indemnité oubliée se réclame dans le délai de prescription de trois ans.
Si votre convention ne prévoit rien, négociez une indemnité par écrit avec votre employeur, surtout en cas de licenciement. En cas de refus persistant, le conseil de prud’hommes reste la voie de recours.
Licenciement ou démission : le tableau comparatif
| Point | Licenciement | Démission |
|---|---|---|
| Existence du droit | Fréquente, selon la convention | Variable, selon la convention |
| Rémunération | Presque toujours payées | Payées ou non, selon la convention |
| Volume type | 2 h / jour ouvré ou 50 h / mois | Identique quand le droit existe |
| Heures non prises | Indemnité si la convention le prévoit et si l’employeur les a bloquées | Même règle, plus rarement favorable |
| Fin du droit | Quand un nouvel emploi est retrouvé | Quand un nouvel emploi est déjà trouvé |
Les erreurs à éviter
- Partir sans autorisation. Sans texte ni accord, une absence pour un entretien est injustifiée, avec retenue et risque disciplinaire.
- Confondre heures payées et supplément. Elles maintiennent votre salaire, elles ne l’augmentent pas.
- Croire les heures non prises automatiquement payées. Par défaut, non : il faut une disposition conventionnelle ou une demande de l’employeur.
- Oublier le prorata temps partiel. 50 heures à temps plein deviennent 40 heures à 80 % et 25 heures à mi-temps.
- Réclamer les heures après une dispense. Dispensé, vous êtes déjà libre et payé.
- Négliger la convention collective. Elle décide de presque tout : volume, rémunération, cumul, indemnité.
Check-list avant de demander vos heures
- Identifiez la convention collective applicable et l’article qui prévoit (ou non) les heures.
- Notez le volume exact : par jour, par semaine ou par mois, avec le plafond éventuel.
- Vérifiez la rémunération : payées, non payées, ou payées seulement en cas de licenciement.
- Calculez votre taux horaire (brut ÷ 151,67 à 35 heures) et la valeur totale sur votre préavis.
- Demandez les créneaux par écrit, en citant le texte, et conservez la réponse.
- Conservez les justificatifs d’entretiens et de démarches pour chaque heure prise.
- À la fin du préavis, contrôlez votre solde de tout compte : heures prises payées, heures bloquées indemnisées.
Nos calculettes utiles
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FAQ : heures de recherche d’emploi pendant le préavis
Le Code du travail prévoit-il des heures de recherche d’emploi ?
Non, sauf en Alsace-Moselle (article L1234-17 : « délai raisonnable » pendant le préavis de licenciement). Ailleurs, le droit vient de la convention collective, de l’accord, de l’usage ou du contrat.
Combien d’heures de recherche d’emploi puis-je prendre ?
Le plus souvent 2 heures par jour ouvré, ou 50 heures par mois dans la métallurgie. Vérifiez l’article dédié de votre convention et son plafond mensuel éventuel.
Les heures de recherche d’emploi sont-elles payées ?
En cas de licenciement, presque toujours oui, sans réduction de salaire. En cas de démission, cela dépend de la convention : le bâtiment, par exemple, ne les indemnise qu’en cas de licenciement.
Comment calculer la valeur de mes heures de recherche d’emploi ?
Taux horaire = brut mensuel ÷ 151,67 à 35 heures, puis multipliez par le nombre d’heures : 44 × 14,50 € = 638 € de salaire maintenu pour un brut de 2 200 €.
Que se passe-t-il si je n’utilise pas toutes mes heures ?
Par défaut, rien : les heures non utilisées ne donnent droit à aucune indemnité. Exception : si votre convention le prévoit et que l’employeur vous a demandé de ne pas les prendre, indemnité = heures bloquées × taux horaire.
Puis-je cumuler mes heures en fin de préavis ?
Seulement si votre convention le prévoit. Sinon, demandez le regroupement à votre employeur, qui peut l’accepter ou le refuser.
