Vous avez travaillé au-delà de vos 35 heures hebdomadaires et vous vous demandez combien l’employeur doit vous payer en plus ? En France, toute heure effectuée au-delà de la durée légale de travail ouvre droit à une rémunération majorée : +25 % pour les 8 premières heures supplémentaires, puis +50 % au-delà. Ce guide vous explique pas à pas comment calculer vos heures supplémentaires, avec la méthode exacte, l’assiette du taux horaire, et plusieurs exemples chiffrés concrets.
Qu’est-ce qu’une heure supplémentaire ?
En France, la durée légale du travail est fixée à 35 heures par semaine pour un salarié à temps plein. Toute heure de travail effectif accomplie au-delà de cette durée, à la demande de votre employeur, est considérée comme une heure supplémentaire.
Le décompte se fait par semaine civile, c’est-à-dire du lundi 0 heure au dimanche 24 heures — sauf si votre convention collective ou un accord d’entreprise prévoit une autre période de référence. Les heures sont donc comptées semaine par semaine : une semaine à 42 heures génère 7 heures supplémentaires, même si la semaine suivante n’en compte que 30.
Attention, seule la demande de l’employeur compte. Si vous restez tard au bureau de votre propre initiative sans qu’il vous l’ait demandé, l’employeur peut refuser de les rémunérer comme heures supplémentaires — sauf si votre charge de travail rendait ces heures nécessaires, ou s’il n’a jamais manifesté son opposition (la jurisprudence reconnaît alors un accord implicite).
Contrat à 39 h : les heures « structurelles »
Si votre contrat de travail prévoit une durée hebdomadaire supérieure à 35 heures — 39 heures par exemple — le raisonnement change. Les heures comprises entre la 36e et la 39e heure sont des heures structurelles : elles sont payées au taux normal (sauf accord d’entreprise plus favorable) et les majorations légales ne démarrent qu’au-delà de 39 heures.
Exemple : vous êtes en contrat 39 h avec un taux horaire de 14 €. Une semaine, vous travaillez 42 h. Les 4 heures entre 36 et 39 sont rémunérées normalement (4 × 14 = 56 €), et les 3 heures au-delà de 39 h sont des heures supplémentaires majorées à 25 % (3 × 14 × 1,25 = 52,50 €).
Les taux de majoration légaux : 25 % puis 50 %
En l’absence d’accord d’entreprise, d’accord de branche ou de convention collective prévoyant d’autres taux, le Code du travail impose les paliers suivants :
- Majoration de 25 % pour les 8 premières heures supplémentaires de la semaine, c’est-à-dire de la 36e à la 43e heure ;
- Majoration de 50 % pour les heures suivantes, à partir de la 44e heure.
Un accord collectif peut fixer des taux différents, mais jamais inférieurs à 10 %. Vérifiez donc toujours votre convention collective : elle peut être plus généreuse que le minimum légal, mais jamais moins.
Comment calculer le taux horaire de base (l’assiette)
Première étape du calcul : déterminer votre taux horaire de base, appelé assiette de la majoration. Pour un salaire mensualisé, la formule est simple :
Taux horaire = salaire brut mensuel ÷ 151,67
Les 151,67 heures correspondent à la moyenne mensuelle d’un temps plein (35 h × 52 semaines ÷ 12 mois). Retrouvez le détail de cette conversion dans notre guide du taux horaire.
Mais attention : le « salaire brut » de l’assiette n’est pas seulement votre salaire de base. Il comprend aussi les primes directement liées à votre travail : prime de travail du dimanche, prime de nuit, avantage en nature, etc. En revanche, en sont exclues les primes non liées au travail lui-même : prime exceptionnelle, 13e mois, prime d’ancienneté, intéressement, participation, et les frais professionnels.
Exemple d’assiette : un salarié touche 2 000 € bruts par mois, plus une prime de travail le dimanche de 200 € et un avantage en nature de 100 €. Son assiette = 2 000 + 200 + 100 = 2 300 €, soit un taux horaire de 2 300 ÷ 151,67 = 15,16 €. (Sa prime exceptionnelle de 400 €, elle, n’entre pas dans le calcul.)
Exemple de calcul n°1 : une semaine à 40 heures
Prenons un salarié payé 2 200 € bruts par mois. Son taux horaire est de 2 200 ÷ 151,67 = 14,51 €. Cette semaine-là, il travaille 40 heures : il a donc 5 heures supplémentaires, toutes dans la tranche à 25 %.
| Type d’heures | Nombre | Calcul | Montant |
|---|---|---|---|
| Heures normales | 35 h | 35 × 14,51 € | 507,85 € |
| Heures sup à 25 % | 5 h | 5 × 14,51 × 1,25 | 90,69 € |
| Total de la semaine | 40 h | 598,54 € |
Exemple de calcul n°2 : une semaine à 46 heures
Un autre salarié, payé 16 € de l’heure, travaille 46 heures dans la semaine. Il cumule 11 heures supplémentaires : 8 heures à 25 % (de la 36e à la 43e) et 3 heures à 50 % (de la 44e à la 46e).
| Type d’heures | Nombre | Calcul | Montant |
|---|---|---|---|
| Heures normales | 35 h | 35 × 16 € | 560,00 € |
| Heures sup à 25 % | 8 h | 8 × 16 × 1,25 | 160,00 € |
| Heures sup à 50 % | 3 h | 3 × 16 × 1,50 | 72,00 € |
| Total de la semaine | 46 h | 792,00 € |
Pour éviter les erreurs de calcul semaine après semaine, notre calculette d’heures supplémentaires applique automatiquement les bons paliers de majoration.
Heures de nuit, dimanche et jours fériés : le cumul possible
Les heures supplémentaires effectuées la nuit, un dimanche ou un jour férié peuvent générer un cumul de majorations : la majoration liée au moment de travail (travail de nuit ou dominical) s’ajoute à la majoration d’heure supplémentaire. Par exemple, une heure supplémentaire effectuée de nuit peut être majorée à la fois du taux de nuit et du taux d’heure supplémentaire.
Il y a toutefois une exception : si votre convention collective prévoit une compensation forfaitaire unique pour le travail de nuit ou du dimanche, ce forfait peut se substituer au cumul. Là encore, la lecture de votre convention est indispensable.
Repos compensateur : l’alternative au paiement
Le paiement des heures supplémentaires peut être remplacé, en tout ou partie, par un repos compensateur. Sa durée doit être équivalente au salaire majoré :
- 1 heure supplémentaire majorée à 25 % = 1 h 15 de repos ;
- 1 heure supplémentaire majorée à 50 % = 1 h 30 de repos.
Cette substitution doit être prévue par un accord collectif ou par votre convention collective. Elle peut être partielle : une partie des heures est payée, l’autre est récupérée en repos.
Le contingent annuel de 220 heures
Par défaut, un salarié ne peut pas dépasser 220 heures supplémentaires par an : c’est le contingent annuel légal (votre convention peut fixer un autre plafond). Au-delà de ce contingent, l’employeur doit :
- consulter les représentants du personnel (CSE), qui donnent leur avis ;
- accorder au salarié une contrepartie obligatoire en repos pour chaque heure supplémentaire effectuée au-delà du contingent : 50 % des heures dans les entreprises de 20 salariés ou moins, 100 % dans les entreprises de plus de 20 salariés.
Ainsi, dans une entreprise de 30 salariés, 10 heures supplémentaires au-delà du contingent donnent droit à 10 heures de repos compensateur obligatoire, en plus du paiement majoré.
Les plafonds de durée du travail à ne jamais dépasser
Les majorations ne signifient pas que l’employeur peut faire travailler sans limite. Les heures supplémentaires se décomptent dans le respect des plafonds légaux :
- 10 heures maximum par jour ;
- 48 heures maximum par semaine (60 h en cas de circonstances exceptionnelles, avec l’accord du CSE) ;
- 44 heures en moyenne par semaine sur une période de 12 semaines consécutives.
Fiscalité : les heures supplémentaires sont exonérées d’impôt
Bonne nouvelle : les heures supplémentaires bénéficient d’un régime fiscal et social avantageux.
- Impôt sur le revenu : la rémunération des heures supplémentaires est exonérée d’impôt dans la limite de 7 500 € par an. Les heures complémentaires des salariés à temps partiel bénéficient de la même exonération.
- Cotisations salariales : elles sont exonérées des cotisations d’assurance vieillesse de base et de retraite complémentaire, dans la limite de 11,31 % de la rémunération. Cette réduction s’applique automatiquement sur votre bulletin de paie.
Et contrairement à ce que l’on croit parfois, cette réduction de cotisations n’a aucun impact sur vos droits à la retraite : le calcul des droits se fait sur le salaire total, majorations incluses. Même principe pour l’assurance chômage. Pour comprendre ce qui est prélevé sur votre brut, consultez notre guide des cotisations sociales 2026.
Peut-on refuser de faire des heures supplémentaires ?
En principe, non : un salarié ne peut pas refuser d’effectuer des heures supplémentaires demandées par son employeur. Un refus injustifié peut être considéré comme une faute. Il existe deux exceptions :
- l’employeur ne vous a pas prévenu suffisamment tôt (refus exceptionnel admis) ;
- l’employeur abuse de son droit : usage systématique et injustifié des heures supplémentaires, obligations de compensation non respectées, etc.
En revanche, si les heures n’ont jamais été demandées, le salarié ne peut pas en exiger le paiement — sauf surcroît d’activité avéré ou accord implicite de l’employeur (s’il n’a jamais manifesté son opposition aux heures effectuées).
Bulletin de paie : ce qui doit y figurer
Vos heures supplémentaires doivent apparaître clairement sur votre bulletin de paie, avec :
- la période pendant laquelle elles ont été effectuées ;
- le nombre d’heures supplémentaires ;
- le taux de majoration appliqué ;
- le montant de la rémunération correspondante.
Si votre bulletin ne mentionne pas ces éléments, demandez une régularisation à votre employeur. En cas de litige, conservez vos propres preuves : relevés d’horaires, témoignages, badgeages, emails. La charge de la preuve est partagée : le salarié doit apporter des éléments précis, et l’employeur doit produire des éléments objectifs justifiant les horaires pratiqués.
Nos calculettes utiles
- Calculette d’heures supplémentaires — calculez vos heures sup et leurs majorations 25 % / 50 % en quelques secondes ;
- Addition d’heures — additionnez vos durées de travail sans erreur de conversion ;
- Calculateur temps partiel — estimez votre salaire à temps partiel, pour comparer avec vos heures complémentaires.
Questions fréquentes
À partir de combien d’heures parle-t-on d’heures supplémentaires ?
Au-delà de 35 heures par semaine pour un salarié à temps plein, ou au-delà de la durée prévue par votre contrat si elle est supérieure (39 h par exemple). Les heures sont décomptées par semaine civile.
Quels sont les taux de majoration des heures supplémentaires ?
25 % pour les 8 premières heures supplémentaires (de la 36e à la 43e heure) et 50 % à partir de la 44e heure. Un accord collectif peut prévoir d’autres taux, mais jamais en dessous de 10 %.
Comment calculer son taux horaire à partir du salaire mensuel ?
Divisez votre salaire brut mensuel par 151,67 (la moyenne mensuelle d’heures d’un temps plein). N’oubliez pas d’inclure dans l’assiette les primes directement liées à votre travail, comme la prime de dimanche ou de nuit.
Les heures supplémentaires sont-elles imposables ?
Non, dans la limite de 7 500 € par an : elles sont exonérées d’impôt sur le revenu. Elles bénéficient aussi d’une exonération de cotisations salariales de retraite dans la limite de 11,31 %.
Peut-on être payé en repos plutôt qu’en argent ?
Oui, si un accord collectif le prévoit : la rémunération peut être remplacée par un repos compensateur équivalent (1 h 15 pour une heure à 25 %, 1 h 30 pour une heure à 50 %).
Combien d’heures supplémentaires maximum par an ?
Le contingent annuel légal est de 220 heures, sauf disposition contraire de votre convention collective. Au-delà, chaque heure ouvre droit à une contrepartie obligatoire en repos (50 % ou 100 % selon la taille de l’entreprise).
