La taxe sur les salaires est l’une des charges les plus mal comprises des employeurs français : elle ne concerne pas toutes les entreprises, ne se calcule pas avec un taux unique appliqué à la masse salariale, et ne figure jamais comme une retenue sur le bulletin de paie. Pourtant, pour un cabinet médical, une association, une banque ou une société immobilière, elle peut représenter plusieurs milliers d’euros par an. Voici le guide complet pour 2026 : qui doit la payer, quelle assiette retenir, le barème exact, et cinq exemples chiffrés pas à pas.
Taxe sur les salaires : de quoi parle-t-on ?
C’est un impôt dû par l’employeur (article 231 du Code général des impôts). Il frappe les rémunérations versées par les employeurs qui ne récupèrent pas la TVA, ou seulement très partiellement. Si votre entreprise facture de la TVA sur la quasi-totalité de son chiffre d’affaires, vous n’êtes pas concerné ; sinon — professions libérales, banques et assurances, activités civiles immobilières, associations — la taxe prend le relais.
Qui doit payer la taxe sur les salaires en 2026 ?
Est redevable tout employeur domicilié ou établi en France qui remplit l’une de ces conditions :
- l’année du versement des rémunérations, il n’est pas soumis au paiement de la TVA ;
- l’année du versement, il est partiellement assujetti à la TVA et il n’a pas été soumis à la TVA sur au moins 90 % de son chiffre d’affaires au titre de l’année précédente ;
- l’année précédant le versement, moins de 10 % de son chiffre d’affaires a été soumis à la TVA.
Parmi les redevables les plus fréquents : professions libérales, banques, assurances et courtiers, sociétés civiles immobilières, propriétaires fonciers employant du personnel, organismes sociaux, associations et certains établissements publics. Les cotisations sociales 2026 restent dues en parallèle : la taxe sur les salaires s’y ajoute, elle ne les remplace pas.
Qui est exonéré ?
Plusieurs employeurs échappent totalement à la taxe : l’État et les collectivités publiques, les particuliers employeurs d’un salarié à domicile ou d’un assistant maternel à temps plein (ou l’équivalent en temps partiel), les employeurs sous les limites de la franchise en base de TVA — notamment les micro-entrepreneurs —, certains employeurs agricoles, les établissements d’enseignement supérieur délivrant un diplôme d’État de niveau bac + 5, et certains établissements publics de coopération. Vérifiez votre situation chaque année : un dépassement du seuil de franchise en base peut vous faire entrer dans le champ de la taxe l’année suivante.
Quelle assiette retenir pour le calcul ?
L’assiette de la taxe sur les salaires est, en principe, alignée sur celle de la CSG applicable aux revenus d’activité. Elle comprend les salaires bruts, les primes, les indemnités diverses et les avantages en nature ou en espèces, y compris l’intéressement, la participation et l’abondement à un plan d’épargne entreprise. En revanche, la déduction forfaitaire de 1,75 % pour frais professionnels, qui existe dans certains calculs de CSG, ne s’applique pas ici.
| Sommes | Prise en compte |
|---|---|
| Salaires, primes, indemnités liées au travail | Oui |
| Avantages en nature ou en espèces | Oui |
| Intéressement, participation, abondement PEE | Oui |
| Indemnités journalières de Sécurité sociale (IJSS) | Non |
| Indemnités d’activité partielle ou de cessation d’activité | Non |
| Gratifications de stage, dans la limite de la franchise de cotisations | Non |
| Salaires des apprentis (totalité si moins de 11 salariés ; part égale à 11 % du SMIC sinon) | Non |
| Rémunérations des enseignants des centres de formation d’apprentis | Non |
| Contributions versées aux fonds d’assurance-formation | Non |
Ne confondez pas la rémunération taxable, le salaire net imposable du bulletin et le montant net à payer : seule la première sert au calcul. Le passage du brut au net obéit à d’autres règles et ne donne jamais la base de la taxe.
Le barème 2026 de la taxe sur les salaires
En métropole, la taxe se calcule salarié par salarié, sur la rémunération annuelle taxable de chacun, avec un barème progressif. Le taux normal de 4,25 % s’applique à la totalité de la rémunération ; au-delà de chaque seuil, une majoration s’y ajoute. Les seuils applicables aux rémunérations versées en 2026 sont fixés à 9 229 € et 18 423 €, selon l’article 143 de l’annexe II au Code général des impôts.
| Fraction de rémunération annuelle taxable | Taux normal | Majoration | Taux total sur la fraction |
|---|---|---|---|
| Jusqu’à 9 229 € | 4,25 % | — | 4,25 % |
| De 9 229 € à 18 423 € | 4,25 % | 4,25 % | 8,50 % |
| Au-delà de 18 423 € | 4,25 % | 9,35 % | 13,60 % |
En équivalent mensuel, les seuils 2026 correspondent à environ 769 € et 1 535 € bruts par mois. Ne confondez pas les millésimes : pour les rémunérations versées en 2025, les seuils étaient de 9 147 € et 18 258 €. Les seuils sont revalorisés chaque année comme la première tranche du barème de l’impôt sur le revenu, et les montants sont arrondis à l’euro le plus proche.
Calcul pas à pas : la méthode en 5 étapes
Procédez dans cet ordre :
- Déterminez la rémunération annuelle taxable de chaque salarié, sans l’abattement de 1,75 %.
- Appliquez le barème progressif à chaque rémunération individuelle : 4,25 % jusqu’à 9 229 €, 8,50 % sur la fraction de 9 229 € à 18 423 €, 13,60 % au-delà.
- Appliquez le rapport d’assujettissement si l’employeur est partiellement assujetti à la TVA (voir l’exemple n° 4).
- Additionnez les montants : c’est la taxe annuelle brute de l’employeur.
- Appliquez la franchise, la décote, puis l’abattement éventuel des associations, dans cet ordre.
L’erreur la plus coûteuse consiste à appliquer 13,60 % à l’ensemble du salaire, ou à calculer la taxe sur la masse salariale globale au lieu de la calculer salarié par salarié : deux salariés à 20 000 € ne coûtent pas la même taxe qu’un seul salarié à 40 000 €.
Exemple n° 1 : un salarié à 30 000 € bruts annuels
Prenons un salarié d’une société civile immobilière, non assujettie à la TVA, qui a perçu 30 000 € de rémunération taxable en 2026 :
- Tranche 1 : 9 229 € × 4,25 % = 392,23 €
- Tranche 2 : (18 423 € − 9 229 €) × 8,50 % = 9 194 € × 8,50 % = 781,49 €
- Tranche 3 : (30 000 € − 18 423 €) × 13,60 % = 11 577 € × 13,60 % = 1 574,47 €
- Total pour ce salarié : 2 748,19 €
Si cet employeur n’a que ce salarié, sa taxe annuelle brute est de 2 748,19 €. Elle dépasse 2 040 € : ni franchise, ni décote ne s’appliquent.
Exemple n° 2 : un petit employeur et la décote
Un cabinet libéral emploie un seul salarié à temps partiel, rémunéré 22 000 € bruts annuels en 2026 :
- Tranche 1 : 9 229 € × 4,25 % = 392,23 €
- Tranche 2 : 9 194 € × 8,50 % = 781,49 €
- Tranche 3 : (22 000 € − 18 423 €) × 13,60 % = 3 577 € × 13,60 % = 486,47 €
- Taxe annuelle brute : 1 660,19 €
La taxe brute se situe entre 1 200 € et 2 040 € : la décote s’applique, égale à 0,75 × (2 040 € − 1 660,19 €) = 284,86 €. La taxe nette due est donc de 1 375,33 €. Retenez bien que franchise et décote s’apprécient sur la taxe annuelle totale de l’employeur, jamais salarié par salarié.
Exemple n° 3 : une association et l’abattement de 24 256 €
Les associations loi 1901, les syndicats professionnels, les fondations reconnues d’utilité publique, certaines mutuelles et les centres de lutte contre le cancer bénéficient d’un abattement spécifique : 24 256 € pour les rémunérations versées en 2026 (24 041 € pour 2025). Il s’impute sur la taxe restant due, après franchise et décote éventuelles.
Prenons une association qui emploie cinq salariés, chacun rémunéré 48 000 € bruts annuels. Pour un salarié à 48 000 €, la taxe est de 392,23 € + 781,49 € + (48 000 € − 18 423 €) × 13,60 % = 5 196,19 €. Pour cinq salariés, la taxe brute atteint 25 980,95 €. Après imputation de l’abattement de 24 256 €, il reste 1 724,95 € à payer. Sans cet abattement, la même association paierait près de 26 000 €. À l’inverse, une association dont la taxe brute est inférieure à 24 256 € ne paie rien du tout.
Exemple n° 4 : un employeur partiellement assujetti à la TVA
Lorsqu’un employeur est assujetti à la TVA sur moins de 90 % de son chiffre d’affaires, la taxe ne porte que sur une fraction des rémunérations. On calcule d’abord le rapport d’assujettissement à partir des recettes de l’année précédant le versement : recettes n’ayant pas ouvert droit à déduction de la TVA, divisées par le total des recettes, en incluant les opérations hors champ.
Exemple chiffré : recettes totales de l’année précédente de 3 000 €, dont 1 600 € d’opérations hors champ et 800 € d’opérations exonérées n’ouvrant pas droit à déduction, soit (1 600 € + 800 €) ÷ 3 000 € = 80 %. Avec deux salariés rémunérés chacun 30 000 € en 2026, la taxe brute est de 2 × 2 748,19 € = 5 496,38 €, soit après le rapport de 80 % : 4 397,10 €. Deux subtilités : si le rapport est de 10 % ou moins, l’employeur échappe à la taxe dans le cas visé par cette règle ; entre 10 % et 20 %, un échelonnement réduit la fraction retenue — un rapport de 15 %, par exemple, conduit à ne retenir que 10 % des rémunérations.
Exemple n° 5 : un salarié en Guadeloupe
En outre-mer, le calcul tient en une ligne : un salarié rémunéré 30 000 € bruts en Guadeloupe coûte 30 000 € × 2,95 % = 885,00 € ; en Guyane, 30 000 € × 2,55 % = 765,00 €. La franchise de 1 200 € s’apprécie ensuite sur le total annuel : un employeur guadeloupéen avec un seul salarié à 30 000 € ne paierait donc rien.
Franchise, décote, abattement : le récapitulatif
| Taxe annuelle brute de l’employeur | Conséquence |
|---|---|
| 1 200 € ou moins | Rien n’est dû ; pas de déclaration de liquidation |
| Plus de 1 200 € et jusqu’à 2 040 € | Décote : 0,75 × (2 040 € − taxe brute) |
| Plus de 2 040 € | Pas de décote ; taxe brute due (sauf abattement associations) |
La décote existe aussi en rythme mensuel (entre 100 € et 170 € : 0,75 × (170 € − taxe mensuelle)) ou trimestriel (entre 300 € et 510 € : 0,75 × (510 € − taxe trimestrielle)), et elle est régularisée à la liquidation annuelle. Pour mémoire, une taxe brute de 1 400 € donne une décote de 480 €, soit une taxe nette de 920 €.
Déclaration et paiement : les échéances à respecter
La déclaration et le paiement sont obligatoirement dématérialisés (espace professionnel ou prestataire EDI). La périodicité dépend de la taxe payée l’année précédente :
- Taxe de l’année précédente inférieure à 4 000 € : une seule déclaration annuelle, avec la liquidation, avant le 31 janvier suivant.
- Taxe entre 4 000 € et 10 000 € : déclaration trimestrielle dans les 15 jours suivant chaque trimestre, avec trois relevés provisionnels (n° 2501-SD) avant le 15 avril, le 15 juillet et le 15 octobre, puis la régularisation (n° 2502-SD) avant le 31 janvier.
- Taxe supérieure à 10 000 € : déclaration mensuelle dans les 15 jours suivant chaque mois, avec onze relevés provisionnels n° 2501-SD et la régularisation n° 2502-SD avant le 31 janvier.
En cas de cession ou de cessation d’activité, déclarez dans les 60 jours ; en cas de décès de l’employeur, dans les 6 mois. Faute de déclaration spontanée, l’administration peut procéder à une mise en recouvrement d’office. Suivez donc vos rémunérations taxables mois par mois, surtout si vous approchez des seuils de périodicité.
Les erreurs les plus fréquentes
- Appliquer un taux unique à la masse salariale. Le barème est progressif et individuel.
- Appliquer la franchise à chaque salarié. Les 1 200 € s’apprécient sur la taxe annuelle totale de l’employeur.
- Partir du net imposable. La base est proche de celle de la CSG, sans l’abattement de 1,75 %.
- Utiliser les seuils de la mauvaise année. Les seuils 2026 valent pour les rémunérations versées en 2026, pas celles de 2025.
- Oublier le rapport d’assujettissement en cas d’activité partiellement soumise à la TVA, ou l’appliquer sans vérifier l’écrêtement entre 10 % et 20 %.
- Oublier l’abattement associations de 24 256 €, qui peut ramener la taxe à zéro.
- Retrancher la taxe du salaire. C’est une charge de l’employeur, jamais une retenue sur le bulletin.
La taxe sur les salaires interagit avec d’autres contributions : le forfait social, la taxe d’apprentissage et la contribution formation ont chacun leur assiette, et le coût complet d’un salarié ne se résume jamais à une seule de ces lignes.
Nos calculettes utiles
- Calculateur de salaire — brut, net ou horaire, pour chiffrer vos rémunérations taxables.
- Calculateur d’heures supplémentaires — les majorations entrent dans l’assiette de la taxe.
- Calculateur de temps partiel — prorata de salaire pour vos salariés à temps partiel.
Questions fréquentes sur la taxe sur les salaires 2026
La taxe sur les salaires apparaît-elle sur le bulletin de paie du salarié ?
Non. C’est une charge exclusive de l’employeur. Le salarié ne subit aucune retenue à ce titre, et la taxe ne diminue pas son salaire net.
Quel est le barème 2026 de la taxe sur les salaires ?
En métropole, pour les rémunérations versées en 2026 : 4,25 % jusqu’à 9 229 €, 8,50 % de 9 229 € à 18 423 €, 13,60 % au-delà, salarié par salarié. Taux unique outre-mer : 2,95 % en Guadeloupe, Martinique et Réunion ; 2,55 % en Guyane et à Mayotte.
À partir de quel montant la taxe sur les salaires est-elle due ?
Si la taxe annuelle brute est de 1 200 € ou moins, rien n’est dû. Entre 1 200 € et 2 040 €, une décote de 0,75 × (2 040 € − taxe brute) réduit le montant. Au-delà, la taxe brute est due, sous réserve de l’abattement associations de 24 256 €.
Les associations paient-elles toujours la taxe sur les salaires ?
Non. Après vérification de l’assujettissement, les associations éligibles imputent un abattement de 24 256 € sur la taxe calculée pour les rémunérations versées en 2026 : si la taxe brute est inférieure à ce montant, rien n’est dû.
Quand déclarer et payer la taxe sur les salaires ?
La périodicité dépend de la taxe payée l’année précédente : annuelle sous 4 000 €, trimestrielle entre 4 000 € et 10 000 €, mensuelle au-delà de 10 000 €. La régularisation n° 2502-SD intervient avant le 31 janvier suivant, et les paiements sont dématérialisés.
