Un jeune de 16 ans peut-il travailler toute l’année, et combien doit-il gagner au minimum ? En 2026, la réponse tient en trois chiffres : moins de 17 ans, pas moins de 9,85 € brut de l’heure ; de 17 à 18 ans, pas moins de 11,08 € brut de l’heure ; et aucun des deux ne peut dépasser 8 heures par jour et 35 heures par semaine. Autorisations, repos, nuit et travaux interdits sont tout aussi encadrés.
Ce guide rassemble les règles applicables en 2026, avec les montants exacts du SMIC minoré et cinq exemples chiffrés. La convention collective de votre branche peut toujours être plus favorable : si elle prévoit un salaire supérieur, c’est elle qui s’applique.
Qui peut travailler avant 18 ans, et à partir de quel âge ?
La règle de base est simple : on ne peut pas employer un jeune avant 16 ans, sauf exceptions prévues par la loi (article L. 4153-1 du Code du travail). Concrètement, trois situations existent.
À partir de 16 ans, toute l’année. Un jeune de 16 ou 17 ans peut signer un CDD ou un CDI, pendant les vacances comme en période scolaire, à condition que l’emploi reste compatible avec sa scolarité.
Entre 14 et 15 ans, uniquement pendant les vacances scolaires. Le travail n’est autorisé que pour des travaux légers, pendant des vacances d’au moins 14 jours consécutifs, et le jeune doit conserver un repos continu au moins égal à la moitié de la durée totale des vacances — sur deux mois d’été, un mois de travail environ. L’employeur doit demander une autorisation à l’inspecteur du travail au moins 15 jours avant l’embauche.
Avant 14 ans, presque jamais. Seuls quelques secteurs très encadrés y échappent, comme le spectacle, la publicité ou le mannequinat, avec une autorisation administrative spécifique. Pour un emploi ordinaire — commerce, restauration, logistique — c’est non.
Un mineur ne signe pas seul : l’autorisation écrite de son représentant légal (parent ou tuteur) est exigée avant l’embauche, et le contrat doit être écrit. Un accord oral ne suffit pas.
Les formalités d’embauche : la checklist à ne rater ni côté salarié ni côté employeur
Voici les étapes, dans l’ordre :
- Autorisation écrite du représentant légal, conservée avec le contrat. Sans elle, l’embauche est irrégulière.
- Contrat de travail écrit, qui précise les horaires, le poste et la rémunération. Pour un CDD, les mentions obligatoires du CDD s’ajoutent (motif, dates, poste).
- Déclaration préalable à l’embauche (DPAE) auprès de l’Urssaf, comme pour tout salarié, avant la prise de poste.
- Visite d’information et de prévention par le médecin du travail, avant l’embauche ou avant la fin de la période d’essai, pour vérifier l’aptitude au poste.
- Autorisation de l’inspecteur du travail pour les jeunes de 14 à 15 ans, demandée au moins 15 jours avant le début du travail.
- Adaptation du poste aux travaux compatibles avec son âge et sa santé.
Avant de signer, vérifiez que le contrat mentionne le taux horaire brut, le nombre d’heures hebdomadaires et les horaires. Un taux inférieur au SMIC minoré doit alerter immédiatement.
Durée du travail, pauses et repos : les limites qui protègent les mineurs
Pour un jeune de 16 ou 17 ans, cinq limites cumulatives s’appliquent :
- Durée maximale : 8 heures par jour et 35 heures par semaine. Les 35 heures sont ici aussi un plafond.
- Pause obligatoire : 30 minutes consécutives dès que le temps de travail quotidien atteint 4 heures 30 sans interruption. Un jeune ne peut donc pas travailler 4 heures 30 d’affilée sans pause.
- Repos quotidien : 12 heures consécutives minimum entre deux journées (fin à 21 h, reprise au plus tôt à 9 h).
- Repos hebdomadaire : 2 jours consécutifs, dont en principe le dimanche (36 heures en cas de dérogation pour les plus de 16 ans).
- Travail de nuit interdit entre 22 heures et 6 heures. Des dérogations sectorielles très encadrées existent (boulangerie-pâtisserie, hôtellerie-restauration, spectacles).
S’y ajoutent deux interdictions de principe : le travail du dimanche et des jours fériés, sauf dérogation sectorielle, et les heures supplémentaires. À titre exceptionnel, pour les plus de 16 ans, l’inspecteur du travail peut autoriser jusqu’à 5 heures supplémentaires par semaine, après avis conforme du médecin du travail. Sans cette double autorisation, l’employeur est en infraction, même si le jeune est volontaire.
Pour les moins de 16 ans : 7 heures par jour, repos quotidien de 14 heures, nuit interdite entre 20 heures et 6 heures.
| Règle | 14-15 ans | 16-17 ans |
|---|---|---|
| Quand peut-il travailler ? | Vacances scolaires seulement | Toute l’année |
| Durée maximale par jour | 7 heures | 8 heures |
| Durée maximale par semaine | 35 heures | 35 heures |
| Pause obligatoire | 30 min après 4 h 30 | 30 min après 4 h 30 |
| Repos quotidien minimum | 14 heures | 12 heures |
| Repos hebdomadaire | 2 jours consécutifs | 2 jours consécutifs |
| Travail de nuit interdit | 20 h – 6 h | 22 h – 6 h |
| Heures supplémentaires | Interdites | Interdites, sauf dérogation (5 h max) |
Pour vérifier un planning, notre calculette de calcul entre deux heures contrôle rapidement une journée de travail, et le calculateur de temps partiel chiffre un contrat à temps partiel avant de signer.
Le salaire minimum d’un mineur en 2026 : le SMIC minoré expliqué
Depuis le 1er juin 2026, le SMIC horaire brut est de 12,31 €, soit 1 867,02 € brut par mois pour un temps plein de 35 heures (151,67 heures par mois). Pour un jeune de moins de 18 ans qui n’a pas encore 6 mois de pratique professionnelle dans la branche d’activité concernée, la loi autorise un abattement, prévu par l’article D. 3231-3 du Code du travail :
- Moins de 17 ans : abattement de 20 %, soit 80 % du SMIC — 9,85 € brut de l’heure, 1 493,62 € brut par mois à temps plein.
- De 17 à 18 ans : abattement de 10 %, soit 90 % du SMIC — 11,08 € brut de l’heure, 1 680,32 € brut par mois à temps plein.
Les montants mensuels appliquent le pourcentage au SMIC mensuel (1 867,02 € × 80 % = 1 493,62 € ; × 90 % = 1 680,32 €). Les taux horaires sont arrondis au centime.
L’abattement est temporaire. Il disparaît dès que le jeune justifie de 6 mois de pratique professionnelle dans la branche — pas dans l’entreprise : changer d’employeur dans le même secteur conserve cette ancienneté. Il disparaît aussi le jour des 18 ans, même si les 6 mois ne sont pas atteints.
L’abattement ne s’applique qu’au salaire minimum : si la convention collective ou le contrat prévoit mieux, c’est ce montant supérieur qui doit être versé, et une prime occasionnelle ne peut pas compenser un taux de base trop bas. Voir aussi notre guide complet du SMIC 2026.
En net, à titre indicatif : environ 1 182 € par mois pour 80 % du SMIC, 1 330 € pour 90 % et 1 478 € pour le SMIC plein à temps plein. Le net exact dépend des cotisations.
5 exemples chiffrés : ce que gagne vraiment un jeune salarié
Exemple 1 — Léa, 16 ans, vendeuse à temps plein
Léa, sans expérience dans la branche, travaille 35 heures par semaine dans un commerce. Son minimum est de 80 % du SMIC : 9,85 € brut de l’heure, soit 1 493,62 € brut par mois. À 10,50 € de l’heure, son brut mensuel serait de 1 592,54 €. L’employeur ne peut pas descendre sous 1 493,62 €.
Exemple 2 — Hugo, 17 ans, employé de restauration à temps plein
Hugo, 17 ans et moins de 6 mois de pratique dans la branche, a pour minimum 90 % du SMIC : 11,08 € brut de l’heure, soit 1 680,32 € brut par mois à temps plein — soit 186,70 € de plus que Léa, uniquement parce qu’il a passé le cap des 17 ans.
Exemple 3 — Hugo, six mois plus tard : le passage au SMIC plein
Après 6 mois de pratique dans la branche, l’abattement tombe, même si Hugo n’a toujours que 17 ans. Son minimum passe à 12,31 € brut de l’heure, soit 1 867,02 € brut par mois, soit +186,70 € brut par mois, automatiquement et sans demande du salarié. Le même basculement a lieu à 18 ans.
Exemple 4 — Inès, 16 ans, job d’été de 4 semaines à temps plein
Inès travaille 35 heures par semaine pendant 4 semaines, soit 140 heures. À 9,85 € brut de l’heure, elle gagne 140 × 9,85 € = 1 379,00 € brut. Si elle ne prend pas ses congés pendant ce CDD, s’y ajoute l’indemnité compensatrice au dixième : 137,90 € brut, soit 1 516,90 € brut au total.
Exemple 5 — Adam, 17 ans, à temps partiel 20 heures par semaine
Adam travaille 20 heures par semaine. Sa durée mensuelle moyenne est de 20 × 52 / 12 = 86,67 heures. À 11,08 € brut de l’heure, son minimum est de 86,67 × 11,08 € = 960,29 € brut par mois. À 18 ans, ou après 6 mois de pratique, son taux passera à 12,31 €, soit 1 066,81 € brut par mois pour le même horaire.
Salarié mineur ordinaire, apprenti, stagiaire : ne pas confondre les statuts
Le SMIC minoré ne concerne que le jeune salarié ordinaire — CDD ou CDI classique. Les autres statuts obéissent à des grilles différentes.
Apprenti. Un apprenti de 16 ans en première année ne perçoit pas 80 % du SMIC, mais 27 % du SMIC, soit 504,10 € brut par mois depuis juin 2026. Voir notre guide du salaire d’apprenti 2026.
Contrat de professionnalisation. Un jeune de moins de 21 ans y perçoit généralement 55 % à 65 % du SMIC selon son niveau de qualification. Stagiaire. Un stage n’est pas un emploi : au-delà de deux mois, une gratification minimale est due, mais ce n’est ni un salaire ni le SMIC minoré.
Travaux interdits et travaux réglementés : ce qu’un mineur ne doit jamais faire
Même avec l’accord des parents, certains travaux sont interdits aux moins de 18 ans (articles D. 4153-15 et suivants) : machines dangereuses sans protection adaptée, travaux en hauteur, produits chimiques dangereux, débits de boissons, ou port de charges dépassant ses forces.
Il existe aussi des travaux réglementés : autorisés uniquement dans le cadre d’une formation professionnelle, avec déclaration préalable à l’inspecteur du travail et encadrement renforcé.
Affecter un mineur à un travail interdit expose l’employeur à des sanctions administratives et pénales, et engage sa responsabilité en cas d’accident. Jeunes et parents doivent donc vérifier le poste exact, les machines et les produits manipulés avant de signer.
Congés payés, prime de précarité et fin de contrat
Un mineur acquiert 2,5 jours ouvrables de congés payés par mois de travail effectif. Sur un CDD court, les congés non pris donnent lieu à l’indemnité compensatrice au dixième, comme pour Inès.
La prime de précarité (10 % du brut total) est due en fin de CDD, sauf exceptions — dont une qui concerne les jeunes : un étudiant embauché en CDD pendant ses vacances scolaires n’y a pas droit. Pour Inès, cela représente 137,90 € non dus au titre de la précarité, alors que l’indemnité de congés payés reste due.
Un CDD ne se rompt pas librement avant son terme, même pour un mineur : faute grave, force majeure, accord des deux parties ou embauche en CDI ailleurs sont les cas prévus.
Et les impôts sur un job d’été ?
Un mineur est en principe rattaché au foyer fiscal de ses parents. Pour les étudiants de 25 ans au plus, les salaires perçus pendant les études ou les vacances sont exonérés d’impôt dans la limite de 3 fois le SMIC mensuel, soit 3 × 1 867,02 € = 5 601,06 € en 2026. Au-delà, la fraction excédentaire devient imposable.
Le job d’été d’Inès (1 516,90 € brut au total) reste très largement sous ce plafond. Un jeune qui cumule plusieurs jobs sur l’année doit en revanche additionner tous ses salaires d’étudiant avant de conclure.
Ce que risque l’employeur qui ne respecte pas ces règles
Payer un mineur sous le SMIC minoré oblige à verser le rappel, avec les cotisations afférentes, et la prescription de trois ans permet de réclamer plusieurs années d’écart. Le travail de nuit, le dimanche sans dérogation ou au-delà des durées maximales expose à des sanctions administratives et pénales.
Checklist employeur : autorisation parentale écrite, contrat écrit avec le bon taux horaire, planning respectant 8 heures par jour, 35 heures par semaine, 12 heures de repos quotidien et 2 jours de repos hebdomadaire, visite médicale faite, poste vérifié, et revalorisation automatique à 6 mois de branche ou à 18 ans.
Nos calculettes utiles
Pour chiffrer votre situation : calculette de salaire horaire, calculette d’heures supplémentaires et calculateur de temps partiel. Voir aussi nos guides sur le travail de nuit et le temps de pause.
Questions fréquentes
À quel âge peut-on travailler en France ?
Dès 16 ans toute l’année, avec l’autorisation écrite du représentant légal. Entre 14 et 15 ans, uniquement pendant les vacances scolaires, pour des travaux légers, avec l’autorisation de l’inspecteur du travail.
Combien gagne un mineur de 17 ans au minimum en 2026 ?
11,08 € brut de l’heure, soit 1 680,32 € brut par mois à temps plein, tant qu’il n’a pas 6 mois de pratique dans la branche. Après 6 mois, ou à 18 ans, il passe au SMIC plein : 12,31 € de l’heure, 1 867,02 € par mois.
Un mineur de 16 ans peut-il travailler la nuit ?
Non, en principe : interdit entre 22 heures et 6 heures pour les 16-17 ans (20 heures – 6 heures avant 16 ans), sauf dérogations sectorielles très encadrées.
Un mineur peut-il faire des heures supplémentaires ?
En principe non. À titre exceptionnel, pour les plus de 16 ans, l’inspecteur du travail peut autoriser jusqu’à 5 heures supplémentaires par semaine, après avis conforme du médecin du travail. Sans cette autorisation, les heures supplémentaires sont interdites, même avec l’accord du jeune.
L’abattement sur le SMIC disparaît-il vraiment après 6 mois ?
Oui, automatiquement. Dès que le jeune justifie de 6 mois de pratique professionnelle dans la branche d’activité — pas seulement dans l’entreprise — l’employeur doit lui verser le SMIC plein, sans attendre une demande. Le même basculement a lieu le jour de ses 18 ans.
Faut-il l’accord des parents pour embaucher un mineur ?
Oui, l’autorisation écrite du représentant légal est obligatoire avant l’embauche d’un salarié de moins de 18 ans.
En résumé : vérifiez l’âge, le taux horaire et le planning avant de signer — 9,85 € ou 11,08 € de l’heure selon l’âge, 8 heures par jour, 35 heures par semaine, 12 heures de repos quotidien et 2 jours de repos hebdomadaire. Ces cinq chiffres protègent le jeune salarié, et ils sécurisent l’employeur qui les respecte.
