Vous avez l’impression de tourner en rond dans votre poste ? Vous songez à changer de métier, à évoluer vers un autre service, ou à vérifier que votre carrière va dans la bonne direction ? Le congé de bilan de compétences existe exactement pour ça : il vous permet de faire le point sur votre parcours pendant votre temps de travail, sans perdre un euro de salaire, avec un accompagnement encadré par la loi.
En 2026, les règles ont changé : le CPF ne finance plus que 1 600 €, une participation de 150 € est demandée, et un bilan doit durer au minimum 13 heures. Voici le guide complet — durée, conditions, procédure, salaire maintenu et financement — avec des exemples chiffrés.
Qu’est-ce que le congé de bilan de compétences ?
Le bilan de compétences est un dispositif prévu par le Code du travail (articles L. 6313-1 et R. 6313-4) qui permet à tout actif — salarié, indépendant, fonctionnaire ou demandeur d’emploi — d’analyser ses compétences, ses aptitudes et ses motivations, afin de définir un projet professionnel et, le cas échéant, un projet de formation.
Le congé de bilan de compétences, c’est l’autorisation d’absence qui vous permet de réaliser ce bilan sur votre temps de travail. Votre employeur vous libère pour les rendez-vous avec le consultant, et votre rémunération est maintenue. Trois règles protègent la démarche :
- Le bilan est réalisé par un prestataire extérieur à votre entreprise — votre employeur ne peut pas le faire lui-même.
- Il se déroule en trois phases obligatoires : une phase préliminaire, une phase d’investigation, puis une phase de conclusion.
- Il aboutit à un document de synthèse confidentiel, remis à vous seul. Votre employeur n’en connaît le contenu que si vous décidez de le lui montrer.
Si votre employeur vous propose un bilan dans le cadre du plan de développement des compétences, vous pouvez refuser : ce refus n’est ni une faute, ni un motif de licenciement.
Qui peut en bénéficier ? Les conditions d’ancienneté
Le droit au congé dépend de votre statut. Voici les conditions en vigueur en 2026 :
| Statut | Condition d’ancienneté | Précision |
|---|---|---|
| Salarié du privé (CDI ou CDD) | 5 ans d’activité salariée, dont 12 mois dans l’entreprise | La condition ne s’applique que si le bilan a lieu sur le temps de travail |
| Intérimaire | 5 ans d’activité salariée (6 084 heures), dont 1 600 heures au cours des 18 derniers mois dans l’entreprise de travail temporaire | Demande adressée à l’entreprise de travail temporaire |
| Fonction publique d’État ou territoriale | 10 ans de services | Deux bilans maximum dans la carrière, espacés d’au moins 5 ans |
| Fonction publique hospitalière | 2 ans d’ancienneté, consécutifs ou non | Autant de bilans que souhaité, espacés d’au moins 5 ans ; demande via l’ANFH |
| Demandeur d’emploi | Aucune | Bilan demandé au conseiller France Travail ; pas de congé, puisqu’il n’y a pas d’employeur |
Bon à savoir : si vous réalisez votre bilan hors temps de travail — le soir, le week-end, pendant vos congés — aucune autorisation ni condition d’ancienneté ne s’applique, et vous n’avez même pas à en informer votre employeur. C’est la solution la plus simple s’il est réticent, ou si vous ne remplissez pas encore les conditions d’ancienneté.
Quelle est la durée du congé de bilan de compétences ?
La durée d’un bilan de compétences est encadrée par la loi :
- 24 heures maximum par bilan, fractionnables sur plusieurs semaines.
- 13 heures minimum d’accompagnement effectif depuis le décret du 24 février 2026 — les bilans très courts, jugés insuffisants, sont désormais interdits.
- En pratique, un bilan s’étale sur 2 à 3 mois, à raison de rendez-vous de 2 à 3 heures, avec du travail personnel entre les séances.
Les trois phases se répartissent généralement ainsi :
- Phase préliminaire (2 à 3 heures) : vous définissez vos besoins avec le consultant, qui vous présente les méthodes, les outils et le calendrier.
- Phase d’investigation (8 à 16 heures) : le cœur du bilan — entretiens approfondis, tests psychométriques, analyse de vos compétences transférables et confrontation de votre projet au marché du travail.
- Phase de conclusion (2 à 3 heures) : vous prenez connaissance des résultats, vous construisez un plan d’action concret et le document de synthèse vous est remis.
Exemple de planning : pour un bilan standard de 20 heures, comptez 8 rendez-vous de 2 h 30 sur 10 semaines — soit environ 2 heures d’absence par semaine sur votre temps de travail. Le congé ne représente donc qu’une petite partie de votre temps de travail, ce qui facilite son acceptation.
Comment demander le congé ? La procédure en 4 étapes
Étape 1 : choisir un organisme certifié Qualiopi
Depuis janvier 2022, tout organisme réalisant des bilans financés par des fonds publics doit détenir la certification Qualiopi : vérifiez-la avant de signer. Privilégiez un consultant formé en psychologie du travail, en coaching certifié ou en ressources humaines, et demandez un entretien préalable gratuit pour vérifier que la relation de confiance est là.
Étape 2 : adresser une demande écrite à votre employeur
La demande doit être envoyée au moins 60 jours avant la date prévue du premier entretien, par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise en main propre contre décharge. Elle doit préciser :
- la durée du bilan (nombre d’heures) ;
- les dates de début et de fin prévues ;
- le nom et les coordonnées de l’organisme prestataire choisi.
Joignez le devis de l’organisme : il montre que votre projet est concret et facilite la décision de l’employeur.
Étape 3 : attendre la réponse de l’employeur
Votre employeur dispose de 30 jours pour vous répondre : accord, refus motivé, ou report de 6 mois maximum, justifié par les nécessités de service — il ne peut pas être un refus déguisé indéfiniment renouvelé. Dans la fonction publique, l’administration dispose de 30 jours (hospitalière) ou de 60 jours (État et territoriale).
Étape 4 : signer la convention si le financement passe par l’employeur
Si votre employeur finance le bilan dans le cadre du plan de développement des compétences, une convention tripartite est signée entre vous, l’employeur et l’organisme. Elle fixe les dates, la durée et les modalités de prise en charge — mais les résultats restent confidentiels et ne sont communiqués à l’employeur qu’avec votre accord explicite.
Et si l’employeur refuse ? Contestez un refus non motivé, refaites une demande plus tard, ou réalisez le bilan hors temps de travail avec votre CPF — votre employeur n’a alors pas à être informé.
Le salaire est-il maintenu pendant le congé de bilan de compétences ?
Oui. Pendant les heures d’absence autorisées pour le bilan, votre rémunération est maintenue intégralement. Les heures d’absence sont assimilées à du temps de travail effectif : elles comptent pour vos congés payés et votre ancienneté. Voici deux exemples concrets.
Exemple 1 — salariée à temps plein. Claire, 34 ans, gagne 2 800 € brut par mois (environ 2 190 € net). Elle réalise un bilan de 24 heures, soit 3 journées de 8 heures sur son temps de travail, réparties sur deux mois. Son salaire de 2 800 € brut est versé intégralement les deux mois concernés : aucune retenue, et ses congés payés continuent de s’acquérir normalement — 2,5 jours par mois, sans interruption.
Exemple 2 — salarié à temps partiel. Karim travaille 28 heures par semaine pour 1 900 € brut par mois (environ 1 490 € net). Son bilan de 20 heures se déroule en 8 rendez-vous de 2 h 30, dont 6 pendant ses heures de travail : là encore, aucune retenue. Les 15 heures d’absence sont rémunérées comme des heures travaillées, et son salaire mensuel reste de 1 900 € brut.
Combien coûte un bilan de compétences en 2026 ?
Les tarifs varient selon la durée et la profondeur de l’accompagnement :
| Formule | Durée | Tarif moyen 2026 | Éligibilité CPF |
|---|---|---|---|
| Bilan standard | 13 à 20 heures | 1 200 à 1 800 € | Oui |
| Bilan approfondi | 20 à 24 heures | 1 800 à 3 000 € | Oui, avec un reste à charge possible |
| Bilan de moins de 13 heures | — | — | Non, interdit depuis février 2026 |
Le prix comprend généralement les entretiens, les tests, le document de synthèse et une séance de suivi à 3 mois. Méfiez-vous des offres 100 % automatisées sans accompagnement humain et des tarifs anormalement bas : depuis février 2026, un bilan sérieux ne peut pas durer moins de 13 heures.
Financer son bilan de compétences en 2026 : CPF, employeur, France Travail
Le CPF : plafond de 1 600 € et participation de 150 €
La nouveauté 2026 vient des décrets n° 2026-126 et n° 2026-127 du 24 février 2026. Pour financer un bilan avec votre Compte personnel de formation, retenez trois règles :
- Plafond de 1 600 € de droits CPF mobilisables pour un bilan, même si votre solde est supérieur.
- Participation forfaitaire de 150 € à votre charge depuis le 2 avril 2026 (103,20 € avant cette date), sauf exonération — notamment si votre employeur ou votre OPCO abonde votre projet.
- Délai de carence de 5 ans : vous ne devez pas avoir bénéficié d’un bilan financé par des fonds publics au cours des 5 années précédentes.
Votre CPF est alimenté de 500 € par an (plafonné à 5 000 €), ou de 800 € par an (plafonné à 8 000 €) pour les salariés les moins qualifiés. La démarche se fait sur moncompteformation.gouv.fr.
Exemple 3 — bilan à 1 500 € financé par le CPF. Nadia dispose de 3 200 € sur son CPF et choisit un bilan standard à 1 500 €. Elle mobilise 1 500 € de droits CPF (sous le plafond de 1 600 €) et paie la participation forfaitaire de 150 €. Coût total pour elle : 150 €.
Exemple 4 — bilan approfondi à 2 400 € financé par le CPF. Thomas choisit un bilan approfondi à 2 400 €. Son CPF ne peut couvrir que 1 600 € : son reste à charge total est donc de 800 € (2 400 − 1 600), dont les 150 € de participation forfaitaire. Avec un abondement de 500 € de son employeur, il tombe à 300 € — d’où l’intérêt de demander un cofinancement avant de lancer la démarche.
Le financement par l’employeur
Votre employeur peut proposer — ou accepter de financer — un bilan dans le cadre du plan de développement des compétences. Dans ce cas, le coût est intégralement pris en charge par l’entreprise, et il n’y a aucun reste à charge pour vous. Une convention tripartite est signée. Si votre employeur abonde votre CPF, la participation de 150 € peut aussi être prise en charge.
France Travail et les autres dispositifs
Les demandeurs d’emploi inscrits à France Travail peuvent bénéficier d’un bilan gratuit, souvent sous la forme d’une Évaluation des Compétences et Capacités Professionnelles (ECCP). L’Aide Individuelle à la Formation (AIF) peut compléter un financement CPF insuffisant. Pour les indépendants, les Fonds d’Assurance Formation (AGEFICE, FIFPL, FAF-PM) peuvent intervenir, et les travailleurs en situation de handicap peuvent solliciter l’Agefiph. Enfin, si votre bilan débouche sur un licenciement économique, le congé de reclassement peut aussi financer un bilan.
| Mode de financement | Plafond 2026 | Bénéficiaires | Reste à charge |
|---|---|---|---|
| CPF | 1 600 € | Salariés, indépendants, demandeurs d’emploi | 150 € de participation, plus l’éventuel dépassement |
| Plan de développement des compétences (employeur) | Intégral | Salariés, à l’initiative de l’employeur | Aucun |
| France Travail / ECCP | Gratuit | Demandeurs d’emploi inscrits | Aucun |
| FAF (indépendants) | Variable selon le fonds | Travailleurs non salariés | Selon le plafond du fonds |
| Agefiph | Variable | Travailleurs en situation de handicap | Aucun ou partiel |
Après le bilan : et ensuite ?
À l’issue de la phase de conclusion, le prestataire vous remet un document de synthèse qui recense vos compétences, vos motivations et les étapes de votre projet. Ce document vous appartient : le prestataire doit le conserver 3 ans, puis le détruire, et ne peut le communiquer à votre employeur ou à un tiers qu’avec votre accord explicite.
Les suites les plus fréquentes :
- Une formation pour acquérir les compétences manquantes — mobilisez votre CPF pour la financer, en vérifiant vos droits et les plafonds 2026.
- Une reconversion via un congé de transition professionnelle, qui permet de suivre une formation longue en vue de changer de métier.
- Une création d’entreprise : le bilan est souvent le point de départ d’un projet entrepreneurial — le congé pour création d’entreprise vous permet ensuite de tester votre projet pendant un an.
- Une mobilité interne ou une VAE pour transformer votre expérience en diplôme.
Un bon prestataire inclut une séance de suivi à 3 mois — voire à 6 mois — pour vérifier que votre plan d’action avance. Profitez-en : c’est souvent là que le bilan fait vraiment la différence.
Questions fréquentes
Le congé de bilan de compétences est-il payé ?
Oui. Pendant les heures d’absence autorisées, votre rémunération est maintenue intégralement et les heures comptent comme du temps de travail effectif pour vos congés payés et votre ancienneté. Seul le coût du bilan lui-même peut rester partiellement à votre charge, selon le financement choisi.
Mon employeur peut-il refuser mon congé de bilan de compétences ?
Il peut le refuser ou le reporter de 6 mois maximum, mais sa décision doit être motivée — par exemple pour des nécessités de service. Un refus non motivé peut être contesté. Et si vous réalisez le bilan hors temps de travail, vous n’avez pas besoin de son autorisation.
Combien de temps dure un bilan de compétences ?
Entre 13 et 24 heures d’accompagnement effectif, étalées sur 2 à 3 mois en général. Les bilans de moins de 13 heures sont interdits depuis le décret de février 2026.
Puis-je faire un bilan de compétences sans prévenir mon employeur ?
Oui, si le bilan a lieu hors temps de travail. Vous mobilisez alors votre CPF directement sur moncompteformation.gouv.fr, sans informer votre employeur. Les résultats restent confidentiels dans tous les cas.
Le bilan de compétences est-il gratuit avec le CPF ?
Presque. Le CPF couvre jusqu’à 1 600 €, mais une participation forfaitaire de 150 € reste à votre charge depuis avril 2026, sauf exonération. Si le bilan coûte plus de 1 600 €, le dépassement est aussi à votre charge — sauf abondement de votre employeur ou de votre OPCO.
Combien de fois peut-on faire un bilan de compétences ?
Pour le financement CPF, il faut respecter 5 ans entre deux bilans financés par des fonds publics. Dans la fonction publique d’État ou territoriale, le congé est limité à deux bilans dans la carrière, espacés d’au moins 5 ans. Dans la fonction publique hospitalière, il n’y a pas de limite de nombre, avec 2 ans d’ancienneté et 5 ans entre chaque bilan.
Nos calculettes utiles : convertissez vos heures en jours avec notre calculette de conversion heures en jours, estimez l’impact d’un temps partiel avec le calculateur temps partiel, et vérifiez votre taux horaire avec la calculette salaire horaire.
