Vous rêvez de changer de métier sans tout plaquer du jour au lendemain ? Le congé de transition professionnelle — le PTP, anciennement CPF de transition (et avant lui, le CIF) — est fait pour ça. Il vous permet de vous absenter de votre poste pour suivre une formation certifiante, tout en continuant à toucher une rémunération et en retrouvant votre emploi à la fin. Mais attention : les conditions d’ancienneté sont strictes, et le montant de votre salaire pendant la formation dépend d’un calcul précis. Voici le guide complet, avec 4 exemples chiffrés.
Le congé de transition professionnelle en bref
Le congé de transition professionnelle (article L6323-18 du Code du travail) permet à tout salarié de s’absenter pour suivre une formation certifiante inscrite au RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles), afin de changer de métier ou de profession. Il a remplacé le congé individuel de formation (CIF) au 1er janvier 2019.
Points clés à retenir :
- La formation n’a pas besoin d’être en rapport avec votre activité actuelle — c’est tout l’intérêt du dispositif.
- La durée maximale est d’1 an à temps plein ou de 1 200 heures pour une formation à temps partiel ou discontinue.
- Votre rémunération est maintenue selon un barème (100 %, 90 % ou 60 % de votre salaire moyen de référence).
- Les frais pédagogiques sont pris en charge par l’association Transitions Pro de votre région, pour la part non couverte par votre CPF.
- Votre contrat est suspendu pendant la formation et vous retrouvez votre poste (ou un poste équivalent) à votre retour.
Qui peut en bénéficier ? Les conditions d’ancienneté
Contrairement au CPF classique, le congé de transition professionnelle n’est pas ouvert à tout le monde sans condition : il faut justifier d’une ancienneté minimale, appréciée à la date de départ en formation.
Salarié en CDI
Vous devez justifier de 24 mois d’activité salariée, consécutifs ou non, dont 12 mois dans votre entreprise actuelle. Tous les types de contrats antérieurs comptent, quelle que soit leur nature.
Salarié en CDD
Vous devez justifier de 24 mois d’activité salariée au cours des 5 dernières années, dont 4 mois en CDD au cours des 12 derniers mois. Attention : certains contrats sont exclus du calcul des 4 mois — le contrat d’apprentissage, le contrat de professionnalisation, les contrats d’accompagnement dans l’emploi, et un CDD qui s’est poursuivi par un CDI.
Salarié intérimaire
Les règles sont spécifiques : vous devez justifier de 1 600 heures de mission, dont 600 heures dans l’entreprise de travail temporaire auprès de laquelle vous demandez l’autorisation d’absence. Votre salaire moyen de référence se calcule alors sur vos 600 dernières heures de mission.
En complément, la formation visée doit être certifiante : diplôme, titre professionnel, certificat de qualification professionnelle ou bloc de compétences inscrit au RNCP. Une simple formation non certifiante ne suffit pas.
La procédure : demande à l’employeur puis à Transitions Pro
Obtenir un congé de transition professionnelle se fait en deux temps.
1. La demande d’autorisation d’absence à votre employeur
Vous adressez une demande écrite à votre employeur, en respectant un délai de prévenance :
- 120 jours avant le début de la formation si sa durée est supérieure à 6 mois, ou si elle s’effectue à temps partiel ;
- 60 jours avant dans les autres cas.
Votre courrier doit préciser la date de début, la durée, l’intitulé et l’organisme de formation. L’employeur dispose de 30 jours pour vous répondre. Il ne peut refuser que si vous ne remplissez pas les conditions — en revanche, il peut différer votre départ de 9 mois maximum, notamment si votre absence simultanée avec d’autres salariés désorganiserait le service (au-delà de 2 % de l’effectif absent en même temps).
2. La demande de prise en charge à Transitions Pro
En parallèle, vous déposez un dossier auprès de l’association Transitions Pro de votre région (l’ex-Fongecif, devenu CPIR). C’est elle qui décide de la prise en charge de votre rémunération et des frais pédagogiques non couverts par votre compte personnel de formation. Le dossier comprend votre projet, le devis de l’organisme de formation et l’autorisation d’absence de l’employeur.
Bon à savoir : la prise en charge de la rémunération est conditionnée à votre assiduité pendant la formation. Des absences injustifiées peuvent entraîner la suspension du versement.
Calcul de la rémunération pendant le congé : le barème 2026
C’est la question que tout le monde se pose : combien vais-je toucher ? La réponse tient en un calcul en deux étapes — d’abord votre salaire moyen de référence, puis le pourcentage applicable.
Étape 1 : le salaire moyen de référence
- CDI : moyenne des salaires bruts perçus au cours des 12 derniers mois précédant la formation ;
- CDD : moyenne des salaires des 4 derniers mois en CDD ;
- Intérim : moyenne des 600 dernières heures de mission.
Étape 2 : le pourcentage applicable
Le seuil décisif est 2 Smic. Depuis le 1er juin 2026, le Smic brut mensuel est de 1 867,02 €, donc 2 Smic = 3 734,04 € brut.
- Salaire moyen de référence ≤ 2 Smic (3 734,04 €) : rémunération maintenue à 100 % ;
- Salaire moyen de référence > 2 Smic, formation ≤ 1 an ou ≤ 1 200 h : rémunération égale à 90 % du salaire moyen de référence ;
- Salaire moyen de référence > 2 Smic, formation > 1 an ou > 1 200 h : 90 % la première année (ou les 1 200 premières heures), puis 60 % pour les années suivantes. Au-delà d’un an, la rémunération ne peut pas descendre en dessous de 2 Smic (3 734,04 €) : c’est le plancher.
Si la formation a lieu entièrement hors temps de travail, Transitions Pro ne prend en charge que les frais pédagogiques : il n’y a alors pas de rémunération versée au titre du PTP.
4 exemples chiffrés de rémunération pendant un PTP
Exemple 1 — Nadia : 100 % du salaire maintenu
Nadia est en CDI depuis 4 ans. Ses salaires bruts des 12 derniers mois totalisent 33 600 €, soit un salaire moyen de référence de 2 800 €. Comme 2 800 € ≤ 3 734,04 € (2 Smic), elle touche 100 %, soit 2 800 € brut par mois pendant ses 10 mois de formation — environ 2 184 € net.
Exemple 2 — Karim : 90 % pour une formation de 9 mois
Karim, cadre en CDI, a un salaire moyen de référence de 4 500 € brut. Sa formation dure 9 mois (moins d’un an) : il perçoit 90 %, soit 4 050 € brut par mois — environ 3 038 € net avec un taux de charges cadre. Pour estimer précisément votre net pendant la formation, utilisez notre calculateur de salaire brut en net.
Exemple 3 — Sophie : le plancher des 2 Smic en action
Sophie a un salaire moyen de référence de 5 200 € et suit une formation discontinue de 1 400 heures sur 18 mois. Première phase (1 200 premières heures) : 90 %, soit 4 680 € brut par mois. À partir de la 1 201e heure : 60 %, soit 3 120 € — mais ce montant est inférieur au plancher de 2 Smic (3 734,04 €). Sa rémunération est donc relevée à 3 734,04 € brut par mois, soit environ 2 913 € net.
Exemple 4 — Mehdi : le calcul pour un CDD
Mehdi est en CDD et ses 4 derniers mois de salaire brut sont : 2 100 €, 2 300 €, 2 200 € et 2 400 €. Total : 9 000 €, soit un salaire moyen de référence de 2 250 €. Ce montant étant inférieur à 2 Smic, il touche 100 % : 2 250 € brut par mois pendant sa formation — environ 1 755 € net.
Vous hésitez sur la durée de votre formation ? Notre outil pour convertir des heures en jours vous aide à visualiser ce que représentent 1 200 heures de formation.
Votre statut pendant la formation : ce qui est maintenu
Pendant un congé de transition professionnelle à temps plein, votre contrat de travail est suspendu — mais pas rompu. Et cette période reste très protectrice :
- Le temps passé en formation est assimilé à du temps de travail effectif : vos congés payés continuent de s’acquérir normalement ;
- Vous conservez votre couverture sociale (maladie, accident du travail, retraite) ;
- Vos primes dues au titre de la période restent acquises ;
- À votre retour, vous retrouvez votre emploi précédent ou un emploi similaire, avec une rémunération au moins équivalente ;
- Votre ancienneté continue de courir pendant le congé.
Pensez à vérifier votre bulletin de salaire à la reprise : notre guide pour lire une fiche de paie vous aide à contrôler chaque ligne.
Frais pris en charge : pédagogiques et annexes
Au-delà de la rémunération, Transitions Pro peut prendre en charge :
- Les frais pédagogiques non couverts par votre CPF (coût de la formation elle-même) ;
- Les frais annexes : transport, repas et hébergement liés à la formation, selon les barèmes de l’association régionale.
En pratique, vous mobilisez d’abord vos droits CPF, puis Transitions Pro complète. C’est pour cette raison que le dossier exige un devis détaillé de l’organisme de formation.
PTP, CPF classique, démission : que choisir ?
Le PTP n’est pas la seule voie pour se reconvertir — et il est utile de comparer :
- Le CPF classique finance une formation mais ne prévoit pas de congé rémunéré spécifique : vous devez poser des congés ou vous former hors temps de travail ;
- La démission pour reconversion ouvre droit au chômage sous conditions (projet réel et sérieux validé par Transitions Pro), mais vous perdez votre emploi ;
- Le PTP est la seule option qui combine formation longue + rémunération maintenue + emploi conservé — au prix de conditions d’ancienneté plus exigeantes.
Si votre reconversion fait suite à une restructuration, jetez aussi un œil au congé de reclassement, prévu après un licenciement économique.
Les erreurs qui font rater un congé de transition professionnelle
- Rater le délai de prévenance : une demande envoyée 45 jours avant une formation de 8 mois est irrecevable — comptez 120 jours pour les formations longues ;
- Choisir une formation non certifiante : sans inscription au RNCP, le dossier Transitions Pro sera refusé ;
- Négliger le dossier Transitions Pro : l’autorisation d’absence de l’employeur ne suffit pas, c’est l’association régionale qui finance ;
- Oublier le délai de franchise : après un PTP, vous devez attendre avant d’en demander un nouveau — ce délai va de 6 mois à 6 ans selon la durée du précédent congé ;
- Sous-estimer le coût restant : si vos droits CPF et la prise en charge ne couvrent pas tout, le reliquat peut rester à votre charge — demandez un devis complet.
Questions fréquentes
Mon employeur peut-il refuser mon congé de transition professionnelle ?
Il ne peut pas refuser si vous remplissez les conditions légales, mais il peut différer votre départ jusqu’à 9 mois pour des raisons de service, notamment si trop de salariés sont absents en même temps. Un refus doit être motivé et écrit.
Combien de temps peut durer un congé de transition professionnelle ?
1 an maximum à temps plein, ou 1 200 heures maximum pour une formation à temps partiel ou discontinue. Si vous suivez votre formation à temps partiel, notre calculateur de temps partiel vous aide à estimer l’impact sur votre organisation.
Puis-je travailler pendant ma formation ?
Si la formation est à temps partiel ou discontinue, vous continuez à travailler le reste du temps — votre rémunération suit alors le barème du PTP pour les heures de formation. En formation à temps plein, votre contrat est suspendu.
Dois-je obligatoirement utiliser mes droits CPF ?
En pratique, oui : Transitions Pro prend en charge les frais pédagogiques pour la part non couverte par votre CPF. Vos droits sont donc mobilisés en premier, puis l’association complète le financement.
Que se passe-t-il si j’abandonne ma formation ?
La prise en charge de votre rémunération est liée à votre assiduité. En cas d’abandon sans motif légitime, Transitions Pro peut suspendre les versements et vous devrez réintégrer votre poste plus tôt que prévu.
Le congé de transition professionnelle est-il cumulable avec un autre dispositif ?
Non : vous ne pouvez pas cumuler un PTP avec un autre congé de formation sur la même période. En revanche, rien n’empêche d’avoir utilisé votre CPF auparavant pour une formation courte, puis de demander un PTP pour une reconversion plus longue.
Nos calculettes utiles
- Calculateur de salaire brut en net — estimez votre net pendant la formation à partir du barème 100 % / 90 % / 60 % ;
- Convertir des heures en jours — visualisez ce que représentent vos 1 200 heures de formation ;
- Calculateur de temps partiel — organisez une formation à temps partiel sans perdre le fil de votre paie.
Le congé de transition professionnelle reste le dispositif le plus protecteur pour changer de métier : une formation certifiante financée, une rémunération maintenue selon un barème clair, et un emploi retrouvé à la fin. La clé, c’est l’anticipation — délais de demande, dossier Transitions Pro et calcul précis de votre salaire de référence. Faites vos simulations en amont, et votre reconversion partira sur de bonnes bases.
