Vous venez de décrocher vos premières missions en freelance et une question vous taraude : combien vais-je vraiment payer de cotisations sociales sur mon chiffre d’affaires ? Bonne nouvelle : le calcul est d’une simplicité redoutable. Un seul taux, appliqué à votre chiffre d’affaires encaissé, et c’est réglé.
Mais attention aux apparences : derrière cette simplicité se cachent des taux qui varient du simple au double selon votre activité, une réduction ACRE qui a changé en cours d’année 2026, et des seuils de chiffre d’affaires qui conditionnent vos droits à la retraite. Voici le mode d’emploi complet, avec les taux 2026 à jour et des exemples chiffrés.
Le principe : un taux unique appliqué au chiffre d’affaires encaissé
Contrairement à un salarié, dont les cotisations se calculent sur le salaire brut avec une dizaine de lignes différentes, l’auto-entrepreneur applique un seul pourcentage à son chiffre d’affaires encaissé :
Cotisations sociales = chiffre d’affaires encaissé × taux de votre activité
Trois précisions importantes :
- On calcule sur l’encaissé, pas le facturé. Une facture émise en décembre mais payée en janvier compte pour janvier.
- Aucun abattement ne s’applique aux cotisations. Les abattements fiscaux de 71 %, 50 % ou 34 % ne concernent que l’impôt sur le revenu, pas l’Urssaf.
- Pas de chiffre d’affaires = pas de cotisations. Mais la déclaration reste obligatoire chaque mois ou chaque trimestre, même à 0 €. Une déclaration manquante coûte environ 60 € de pénalité (1,5 % du plafond mensuel de la Sécurité sociale, fixé à 4 005 € en 2026).
Ce que financent ces cotisations : l’assurance maladie-maternité, les indemnités journalières, les allocations familiales, la retraite de base et la retraite complémentaire, l’invalidité-décès, ainsi que la CSG-CRDS. En revanche, l’assurance chômage n’est pas couverte : aucun droit au chômage ne s’ouvre, même en cotisant au maximum.
Les taux de cotisations sociales 2026 par activité
Tout dépend de la nature de votre activité. Voici les taux en vigueur en 2026 :
| Type d’activité | Catégorie | Taux 2026 |
|---|---|---|
| Vente de marchandises, hébergement, restauration | BIC | 12,3 % |
| Prestations de services commerciales ou artisanales | BIC | 21,2 % |
| Professions libérales non réglementées (régime général) | BNC | 25,6 % |
| Professions libérales réglementées (CIPAV) | BNC | 23,2 % |
Nouveauté 2026 : le taux des professions libérales passe à 25,6 %
Si vous êtes graphiste, consultant, rédacteur ou coach affilié au régime général, votre taux est passé de 24,6 % en 2025 à 25,6 % au 1er janvier 2026. Cette hausse d’un point, prévue par décret, renforce vos droits futurs à la retraite complémentaire : une part plus importante de vos cotisations est désormais fléchée vers votre caisse de retraite. Concrètement, sur 3 000 € de chiffre d’affaires mensuel, cela représente 30 € de cotisations supplémentaires par mois — et des droits retraite améliorés en contrepartie.
La contribution à la formation professionnelle s’ajoute
En plus du taux ci-dessus, vous versez la contribution à la formation professionnelle (CFP), calculée elle aussi sur votre chiffre d’affaires :
- 0,10 % pour les commerçants ;
- 0,20 % pour les prestataires de services et les professions libérales ;
- 0,30 % pour les artisans.
Elle ouvre vos droits à la formation professionnelle (compte CPF notamment). Sur 2 000 € de chiffre d’affaires mensuel, un artisan paie donc 6 € de CFP en plus de ses cotisations.
L’ACRE : payer moins de cotisations la première année
L’aide à la création ou à la reprise d’entreprise (ACRE) reste le principal levier pour alléger vos charges au démarrage. Mais ses règles ont changé en cours d’année 2026 : le niveau de la réduction dépend désormais de votre date de création.
| Activité | Taux normal | ACRE si création avant le 01/07/2026 (−50 %) | ACRE si création depuis le 01/07/2026 (−25 %) |
|---|---|---|---|
| Vente de marchandises | 12,3 % | 6,2 % | 9,3 % |
| Prestations de services (BIC) | 21,2 % | 10,6 % | 15,9 % |
| Professions libérales (régime général) | 25,6 % | 12,8 % | 19,2 % |
| Professions libérales (CIPAV) | 23,2 % | 11,6 % | 17,4 % |
Quelques règles à connaître :
- L’ACRE n’est pas automatique. Pour une création depuis le 1er juillet 2026, déposez votre demande auprès de l’Urssaf dans les 60 jours suivant le début d’activité, avec les justificatifs d’éligibilité.
- Elle dure jusqu’à la fin du troisième trimestre civil suivant celui du démarrage, soit entre 9 et 12 mois selon votre mois de création. Exemple : une activité lancée en octobre 2026 bénéficie de l’ACRE jusqu’au 30 septembre 2027.
- La CFP, elle, n’est pas réduite : elle reste due au taux plein pendant toute la période ACRE.
4 exemples de calcul concrets
Exemple 1 : Léa, graphiste freelance (BNC, régime général)
Léa encaisse 4 000 € en octobre 2026.
- Cotisations sociales : 4 000 × 25,6 % = 1 024 €
- CFP : 4 000 × 0,2 % = 8 €
- Total Urssaf : 1 032 € — reste 2 968 € avant impôt
Avec l’ACRE (création en mars 2026, taux réduit à 12,8 %) : 4 000 × 12,8 % = 512 € de cotisations, soit 3 480 € restants avant impôt (CFP de 8 € inchangée).
Exemple 2 : Karim, e-commerçant (BIC vente)
Karim encaisse 8 000 € de ventes en octobre 2026.
- Cotisations sociales : 8 000 × 12,3 % = 984 €
- CFP : 8 000 × 0,1 % = 8 €
- Total Urssaf : 992 € — reste 7 008 € avant impôt (hors coût des marchandises, évidemment)
Exemple 3 : Sophie, consultante en marketing (BIC services)
Sophie encaisse 5 000 € de prestations en octobre 2026.
- Cotisations sociales : 5 000 × 21,2 % = 1 060 €
- CFP : 5 000 × 0,2 % = 10 €
- Total Urssaf : 1 070 € — reste 3 930 € avant impôt
Exemple 4 : Mehdi, plombier artisan avec l’ACRE (création septembre 2026)
Mehdi encaisse 3 000 € en octobre 2026. Création après le 1er juillet 2026 : réduction ACRE de 25 %, taux ramené à 15,9 %.
- Cotisations sociales : 3 000 × 15,9 % = 477 € (au lieu de 636 € au taux plein)
- CFP : 3 000 × 0,3 % = 9 € (taux plein, non réduite)
- Total Urssaf : 486 € — économie de 159 € ce mois-ci grâce à l’ACRE
Les plafonds de chiffre d’affaires à ne pas dépasser en 2026
Le régime micro-social n’est pas ouvert à tous les niveaux d’activité. Pour la période 2026-2028, les seuils ont été revalorisés :
- 203 100 € de chiffre d’affaires annuel pour la vente de marchandises et l’hébergement (contre 188 700 € sur 2023-2025) ;
- 83 600 € pour les prestations de services et les professions libérales (contre 77 700 € sur 2023-2025) ;
- activité mixte : plafond global de 203 100 €, dont 83 600 € maximum au titre des services.
Vous ne sortez du régime que si vous dépassez ces seuils deux années civiles consécutives : vous basculez alors au régime réel de l’entreprise individuelle au 1er janvier suivant, avec des obligations comptables nettement plus lourdes. Un dépassement isolé sur une seule année ne vous fait donc pas perdre le statut.
À noter : des seuils distincts et plus bas s’appliquent pour la franchise en base de TVA. Surveillez les deux compteurs séparément.
Retraite : quel chiffre d’affaires pour valider vos trimestres ?
Cotiser, c’est bien ; valider des trimestres de retraite, c’est mieux. En auto-entrepreneur, la validation ne dépend pas du nombre de mois travaillés mais du chiffre d’affaires déclaré sur l’année civile. Un indépendant qui réalise 11 000 € en trois mois valide autant de trimestres qu’un salarié à temps plein sur l’année.
Seuils 2026 pour la retraite de base :
| Activité | 1 trimestre | 4 trimestres |
|---|---|---|
| Vente de marchandises (BIC) | 6 029 € | 24 115 € |
| Prestations de services (BIC) | 3 498 € | 13 992 € |
| Professions libérales, régime général (BNC) | 2 712 € | 10 850 € |
| Professions libérales (CIPAV) | 2 792 € | 11 168 € |
Bonne nouvelle de 2026 : ces seuils ont baissé malgré l’inflation. Un décret a modifié la répartition interne de vos cotisations pour flécher une part plus importante vers la retraite de base : à chiffre d’affaires égal, vous validez désormais vos trimestres plus facilement. Pour en savoir plus sur le calcul de la pension elle-même, consultez notre guide du calcul de la pension de retraite.
Deux limites à garder en tête : les indemnités journalières maladie exigent 12 mois d’affiliation et des revenus annuels supérieurs à 4 806 €, et le montant de votre future pension restera proportionnel à vos cotisations — logique, mais à anticiper si vos débuts sont modestes. Le détail du calcul des indemnités journalières est expliqué dans notre guide de l’arrêt maladie.
Le versement libératoire : payer l’impôt en même temps que les cotisations
Par défaut, vous payez l’impôt sur le revenu l’année suivante, au barème progressif, après application d’un abattement forfaitaire (71 %, 50 % ou 34 % selon l’activité, avec un minimum de 305 €). Mais vous pouvez opter pour le versement libératoire : l’impôt est alors prélevé en même temps que vos cotisations Urssaf, à taux fixe :
- 1 % du chiffre d’affaires pour la vente ;
- 1,7 % pour les prestations de services (BIC) ;
- 2,2 % pour les professions libérales (BNC).
Exemple : Sophie, notre consultante à 5 000 € mensuels, paierait 5 000 × 1,7 % = 85 € d’impôt par mois avec le versement libératoire, en plus de ses 1 070 € de charges sociales.
Conditions : l’option est réservée aux foyers dont le revenu fiscal de référence de l’avant-dernière année ne dépasse pas 29 315 € par part de quotient familial (revenus 2024 pour une option en 2026). Elle se demande auprès de l’Urssaf au plus tard le 30 septembre pour une application l’année suivante — ou dans les trois mois suivant la création pour les nouveaux inscrits.
Est-ce toujours intéressant ? Non. Si votre taux marginal d’imposition réel est faible ou nul (début d’activité modeste, autres revenus faibles), le barème classique avec abattement peut coûter moins cher que le taux forfaitaire. Faites la comparaison avant d’opter — à la différence du prélèvement à la source des salariés, le versement libératoire est définitif pour l’année.
Les autres charges à prévoir dans votre budget
- La CFE (cotisation foncière des entreprises) : la seule charge fixe du régime. Vous en êtes exonéré la première année civile d’activité, puis tant que votre chiffre d’affaires ne dépasse pas 5 000 €. Au-delà, comptez le plus souvent entre 100 et 300 € par an selon votre commune.
- L’assurance responsabilité civile professionnelle : obligatoire pour certaines activités (BTP, santé, conseil réglementé…), comptez 100 à 500 € par an.
- Le compte bancaire dédié : obligatoire seulement si votre chiffre d’affaires dépasse 10 000 € deux années de suite — un simple compte séparé suffit, pas besoin d’un compte « pro » onéreux.
Pour comparer avec ce que paie un salarié sur son brut, jetez un œil à notre guide des cotisations sociales 2026 et à notre tableau de conversion brut en net.
Quand et comment déclarer et payer ?
Déclaration et paiement se font en ligne sur autoentrepreneur.urssaf.fr (ou l’application mobile), au choix :
- chaque mois, au plus tard le dernier jour du mois suivant ;
- chaque trimestre, aux 30 avril, 31 juillet, 31 octobre et 31 janvier.
Le choix se fait à la création et peut être modifié ensuite. Le rythme mensuel lisse votre trésorerie ; le trimestriel réduit la paperasse. Dans les deux cas : déclarez même à 0 €, c’est la régularité qui évite les pénalités.
• Calculer votre taux horaire — fixez un tarif qui couvre vos charges
• Calculateur de salaire — comparez avec un équivalent salarié
• Montant net social — comprenez ce qui reste vraiment dans votre poche
Questions fréquentes
Paie-t-on des cotisations avec un chiffre d’affaires de 0 € ?
Non : sans chiffre d’affaires encaissé, aucune cotisation sociale n’est due. Mais la déclaration reste obligatoire à chaque échéance, même à zéro — une déclaration oubliée coûte environ 60 € de pénalité.
L’ACRE est-elle accordée automatiquement ?
Non. Pour les créations depuis le 1er juillet 2026, vous devez déposer une demande auprès de l’Urssaf dans les 60 jours suivant le début d’activité, avec les justificatifs d’éligibilité. Sans demande, vous payez le taux plein.
La contribution à la formation professionnelle est-elle incluse dans le taux ?
Non, elle s’ajoute aux cotisations : 0,1 % du chiffre d’affaires pour les commerçants, 0,2 % pour les prestataires et professions libérales, 0,3 % pour les artisans. Elle n’est pas réduite par l’ACRE.
Que se passe-t-il si je dépasse les plafonds de chiffre d’affaires ?
Rien dans l’immédiat : vous ne sortez du régime micro-social qu’après deux années civiles consécutives de dépassement (203 100 € en vente, 83 600 € en services sur 2026-2028). Vous basculez alors au régime réel au 1er janvier suivant.
Le versement libératoire est-il toujours avantageux ?
Non. Avec un taux fixe de 1 %, 1,7 % ou 2,2 %, il peut coûter plus cher que l’imposition au barème si vos revenus sont modestes et votre taux marginal faible. Comparez les deux options avant le 30 septembre.
Un auto-entrepreneur a-t-il droit aux allocations chômage ?
Non. Le régime micro-social ne couvre pas l’assurance chômage : aucune cotisation n’est prélevée à ce titre et aucun droit ne s’ouvre, même après plusieurs années d’activité.
