Vos droits au chômage arrivent à leur terme, et vous vous demandez ce qui se passe ensuite ? Pour les demandeurs d’emploi qui ont beaucoup travaillé avant de perdre leur poste, il existe un relais méconnu : l’allocation de solidarité spécifique, ou ASS. Versée par France Travail, elle prend le relais de l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) quand celle-ci s’épuise, à condition de remplir des critères précis de durée d’activité et de ressources.
En 2026, l’ASS s’élève à 19,48 € par jour, soit 584,40 € pour un mois de 30 jours. Mais ce montant maximal n’est pas versé à tout le monde : il dépend de vos ressources, de votre situation familiale et de votre reprise éventuelle d’activité. Voici le guide complet, avec les plafonds exacts, la formule de calcul et des exemples chiffrés.
Qu’est-ce que l’allocation de solidarité spécifique (ASS) ?
L’ASS est une allocation de solidarité financée par l’État, et non par l’assurance chômage. C’est la différence fondamentale avec l’ARE : l’ARE est une assurance, calculée à partir de votre ancien salaire, tandis que l’ASS est un filet de sécurité forfaitaire, accordé sous conditions de ressources. Elle s’adresse aux demandeurs d’emploi qui ont épuisé leurs droits à l’ARE mais qui justifient d’une longue activité professionnelle antérieure.
Concrètement, l’ASS intervient dans un cas de figure précis : vous étiez indemnisé au titre de l’ARE, vos droits arrivent à échéance, et vous n’avez pas encore retrouvé un emploi stable. France Travail vous adresse alors directement le dossier d’ASS : vous n’avez, en principe, aucune démarche spontanée à engager pour la demander. C’est un point que beaucoup de bénéficiaires ignorent, et qui explique que certains passent à côté de leurs droits en pensant devoir « redemander » quelque chose.
Qui peut toucher l’ASS en 2026 ? Les 4 conditions
1. Avoir épuisé ses droits à l’allocation chômage
Première condition, logique : l’ASS ne se cumule pas avec l’ARE. Elle ne démarre qu’une fois vos droits à l’assurance chômage épuisés. Si vous percevez encore l’ARE, même à un faible montant, vous ne pouvez pas basculer vers l’ASS.
2. Justifier de 5 ans d’activité dans les 10 dernières années
C’est la condition la plus sélective. Vous devez avoir travaillé au moins 5 ans, à temps plein ou à temps partiel, au cours des 10 ans qui précèdent la fin de votre dernier contrat de travail. Tous les types de contrats comptent : CDI, CDD, intérim, alternance, en France ou dans un autre pays européen. Les périodes de service national et de formation professionnelle sont assimilées à du travail effectif.
Une souplesse existe pour les parents : si vous avez interrompu votre activité pour élever un enfant, la durée exigée est réduite d’un an par enfant, dans la limite de 3 ans. Autrement dit, un parent de deux enfants qui a cessé de travailler pour les élever peut prétendre à l’ASS avec 3 ans d’activité au lieu de 5.
3. Être inscrit à France Travail et rechercher activement un emploi
Comme pour l’ARE, vous devez rester inscrit comme demandeur d’emploi et justifier d’une recherche active. Une absence de recherche d’emploi, une radiation ou une formation rémunérée met fin au versement.
4. Ne pas dépasser les plafonds de ressources
Vos ressources mensuelles, calculées sur la moyenne des 12 derniers mois précédant le mois de votre demande, ne doivent pas dépasser 1 363,60 € si vous vivez seul et 2 142,80 € si vous vivez en couple. Attention à ce que l’on compte : les prestations familiales, l’allocation de logement et l’ARE précédemment perçue ne sont pas prises en compte. En revanche, une pension alimentaire que vous recevez, ainsi que vos revenus mobiliers ou fonciers imposables, entrent dans le calcul. Les revenus d’une activité interrompue à la date de la demande ne comptent pas, sauf s’ils ont donné lieu à un revenu de substitution comme des indemnités journalières.
Deux limites supplémentaires : il n’y a pas d’âge minimum pour toucher l’ASS, mais vous ne pouvez plus la percevoir après l’âge légal de départ à la retraite si vous avez acquis suffisamment de trimestres pour une retraite à taux plein. Et depuis 2017, l’ASS n’est plus cumulable avec l’allocation aux adultes handicapés (AAH), sauf pour les personnes dont les droits aux deux aides étaient déjà ouverts au 31 décembre 2016, et pour une durée maximale de 10 ans.
Montant de l’ASS en 2026 : 19,48 € par jour
Le montant journalier de l’ASS est de 19,48 €. Comme le versement est mensualisé sur la base de 30 jours, cela donne 584,40 € par mois au taux plein. Mais ce taux plein n’est versé que si vos ressources restent en dessous d’un certain seuil. Au-delà, l’allocation devient différentielle : elle complète vos ressources jusqu’au plafond.
Le calcul différentiel, pas à pas
La formule est simple : ASS mensuelle = plafond − ressources mensuelles. Deux cas de figure :
- Vous vivez seul. Si vos ressources sont inférieures à 779,20 €, vous touchez le taux plein de 584,40 €. Entre 779,20 € et 1 363,60 €, vous touchez 1 363,60 € moins vos ressources. Au-delà de 1 363,60 €, aucune allocation.
- Vous vivez en couple. Si vos ressources sont inférieures à 1 558,40 €, vous touchez le taux plein de 584,40 €. Entre 1 558,40 € et 2 142,80 €, vous touchez 2 142,80 € moins vos ressources. Au-delà de 2 142,80 €, aucune allocation.
| Situation | Ressources mensuelles | ASS versée |
|---|---|---|
| Personne seule | Moins de 779,20 € | 584,40 € (taux plein) |
| Personne seule | Entre 779,20 € et 1 363,60 € | 1 363,60 € − ressources |
| Personne seule | Plus de 1 363,60 € | 0 € |
| Couple | Moins de 1 558,40 € | 584,40 € (taux plein) |
| Couple | Entre 1 558,40 € et 2 142,80 € | 2 142,80 € − ressources |
| Couple | Plus de 2 142,80 € | 0 € |
Exemples chiffrés de calcul de l’ASS
Exemple 1 : Karim, seul, sans ressources
Karim, 54 ans, a épuisé ses droits à l’ARE après 22 ans de salariat. Il vit seul et ne perçoit aucune ressource. Ses ressources (0 €) sont inférieures au seuil de 779,20 € : il touche le taux plein, soit 584,40 € par mois.
Exemple 2 : Sophie, seule, avec une pension alimentaire de 1 000 €
Sophie vit seule et perçoit une pension alimentaire de 1 000 € par mois, prise en compte dans ses ressources. Son ASS se calcule ainsi : 1 363,60 € − 1 000 € = 363,60 € par mois. Son revenu total mensuel atteint donc 1 363,60 €.
Exemple 3 : un couple avec 1 800 € de ressources
Un couple dont les ressources mensuelles s’élèvent à 1 800 € se situe dans la tranche différentielle : 2 142,80 € − 1 800 € = 342,80 € d’ASS par mois.
Exemple 4 : un couple avec 1 200 € de ressources
Avec 1 200 € de ressources, inférieures au seuil de 1 558,40 €, le couple touche le taux plein : 584,40 € par mois, en plus de ses ressources.
Exemple 5 : seul, avec 1 400 € de ressources
À 1 400 € de ressources, le plafond de 1 363,60 € est dépassé : aucune ASS n’est versée. C’est le piège classique : 36,40 € de trop suffisent à perdre le droit.
Durée de versement : 6 mois renouvelables
L’ASS est attribuée par périodes de 6 mois, renouvelables tant que les conditions restent remplies. Il n’y a pas de durée maximale légale comparable à celle de l’ARE : tant que vous êtes en recherche d’emploi et sous les plafonds de ressources, le droit peut être reconduit. En fin de période, France Travail vous adresse une demande de renouvellement. La vigilance porte donc sur la déclaration de vos ressources à chaque renouvellement : un changement de situation non signalé peut entraîner une suspension, voire un trop-perçu à rembourser.
L’allocation est versée mensuellement, à terme échu, par France Travail : l’allocation d’octobre, par exemple, est payée début novembre.
Peut-on cumuler l’ASS avec un salaire ? La règle des 3 mois
Oui, et c’est l’un des grands avantages de l’ASS par rapport à une idée reçue : reprendre un emploi ne fait pas perdre immédiatement l’allocation. L’ASS est intégralement cumulable avec les rémunérations d’une activité professionnelle, salariée ou non, pendant 3 mois, consécutifs ou non, dans la limite de vos droits restants. Concrètement, tout mois civil au cours duquel vous exercez une activité, même occasionnelle ou réduite, compte dans ces 3 mois.
Prenons un exemple : vous touchez 584,40 € d’ASS et reprenez un emploi à temps partiel payé 1 200 € par mois. Pendant 3 mois, vous cumulez intégralement les deux, soit 1 784,40 € par mois. À partir du 4e mois, si votre activité se poursuit, le versement de l’ASS est interrompu. En revanche, si votre activité s’interrompt et qu’elle est suivie d’au moins 3 mois civils consécutifs d’inactivité, une nouvelle période de cumul de 3 mois peut s’ouvrir.
Autre relais à connaître : à la fin du 6e mois suivant votre reprise d’activité, vous pouvez percevoir la prime d’activité en complément de votre rémunération, sous conditions. C’est souvent à ce moment-là que le basculement s’opère entre l’ASS et la prime d’activité. Pour comprendre les règles générales du cumul entre une allocation et un revenu, consultez aussi notre guide sur le cumul entre chômage et salaire.
ASS, ARE, RSA : quelles différences ?
Les trois dispositifs se confondent souvent. L’allocation chômage (ARE) est une assurance proportionnelle à votre ancien salaire, versée pendant une durée limitée. L’ASS, elle, est forfaitaire (19,48 € par jour) et intervient après l’ARE, à condition d’avoir travaillé 5 ans. Le RSA, enfin, est un minimum social sans condition d’activité antérieure, mais avec des plafonds de ressources différents et une logique d’insertion propre. Si vous créez votre entreprise après une période de chômage, c’est encore un autre dispositif qui entre en jeu : l’ARCE, qui convertit une partie de vos droits restants en capital.
Dans quels cas le versement de l’ASS s’arrête-t-il ?
Le paiement cesse notamment si vos ressources dépassent les plafonds, si vous ne recherchez plus d’emploi, si vous suivez une formation rémunérée, si vous reprenez une activité non cumulable, si vous percevez des indemnités journalières de maladie, de maternité ou d’accident du travail, si vos allocations sont supprimées par décision du préfet ou à la suite d’une radiation, si vous percevez l’allocation journalière de présence parentale ou l’allocation journalière d’accompagnement d’une personne en fin de vie, ou si vous pouvez bénéficier d’une retraite à taux plein.
Les démarches : que faire concrètement ?
Vous n’avez en principe rien à demander : à la fin de vos droits à l’ARE, France Travail vous adresse les imprimés nécessaires à la constitution du dossier d’ASS. Vérifiez simplement que votre dossier est complet (justificatifs d’activité des 10 dernières années, déclaration de ressources) et que votre inscription reste active. Au moment du renouvellement, tous les 6 mois, France Travail vous adresse une nouvelle demande : c’est le moment de signaler tout changement de ressources ou de situation familiale. Pour les documents liés à la fin d’un contrat et à l’inscription, notre guide sur l’attestation France Travail vous aidera à vérifier que votre dossier est en ordre.
Fiscalité de l’ASS : imposable, mais exonérée de CSG et de CRDS
L’ASS doit être déclarée au titre de l’impôt sur le revenu, dans la catégorie des traitements et salaires, comme les autres allocations chômage. En revanche, elle n’est pas assujettie à la CSG ni à la CRDS. C’est un point favorable par rapport à un salaire : le montant versé par France Travail est le montant net que vous percevez, avant l’impôt sur le revenu.
Les erreurs à éviter avec l’ASS
- Confondre le plafond et le seuil du taux plein. Le plafond pour une personne seule est de 1 363,60 €, mais le taux plein de 584,40 € n’est versé que sous 779,20 € de ressources. Entre les deux, l’allocation est réduite.
- Oublier de déclarer un changement de ressources. Une pension alimentaire, un loyer perçu ou un petit revenu non déclaré peut faire basculer vos ressources au-dessus du plafond et générer un trop-perçu.
- Croire que tout emploi met fin à l’ASS. Le cumul intégral pendant 3 mois est un vrai levier pour une reprise progressive, et une nouvelle période de cumul est possible après 3 mois civils d’inactivité.
- Attendre passivement le dossier. Si France Travail ne vous a rien adressé à la fin de vos droits, contactez votre agence : un dossier non constitué, c’est une allocation non versée.
- Négliger le renouvellement. L’ASS n’est pas acquise une fois pour toutes : chaque période de 6 mois doit être renouvelée, avec une vérification de vos ressources.
Nos calculettes utiles
Pour estimer vos revenus et vos durées de travail autour de votre reprise d’activité, essayez nos outils gratuits : calculateur de salaire, calculateur d’heures supplémentaires et calculateur de temps partiel.
Questions fréquentes sur l’ASS
Qui peut toucher l’ASS ?
Les demandeurs d’emploi ayant épuisé leurs droits à l’ARE, justifiant de 5 ans d’activité salariée (ou assimilée) au cours des 10 années précédant la fin de leur dernier contrat, inscrits à France Travail, en recherche active d’emploi, et dont les ressources ne dépassent pas 1 363,60 € par mois pour une personne seule ou 2 142,80 € pour un couple.
Quel est le montant de l’ASS en 2026 ?
Le montant journalier est de 19,48 €, soit 584,40 € pour un mois de 30 jours au taux plein. Si vos ressources dépassent le seuil du taux plein, l’allocation devient différentielle : elle complète vos ressources jusqu’au plafond (1 363,60 € seul, 2 142,80 € en couple).
Comment calculer mon ASS ?
Appliquez la formule : ASS mensuelle = plafond − ressources mensuelles. Par exemple, une personne seule avec 1 000 € de ressources touche 1 363,60 € − 1 000 € = 363,60 € par mois. Sous 779,20 € de ressources, elle touche le taux plein de 584,40 €.
Combien de temps peut-on toucher l’ASS ?
L’ASS est attribuée par périodes de 6 mois renouvelables, sans durée maximale légale, tant que les conditions (recherche d’emploi, ressources sous les plafonds) restent remplies. Elle s’arrête notamment si vous pouvez bénéficier d’une retraite à taux plein.
Peut-on cumuler l’ASS avec un salaire ?
Oui, intégralement pendant 3 mois, consécutifs ou non, dans la limite de vos droits restants. Tout mois civil avec une activité, même occasionnelle, compte. Après ces 3 mois, le versement est interrompu si l’activité se poursuit, et la prime d’activité peut prendre le relais à partir de la fin du 6e mois suivant la reprise.
L’ASS est-elle imposable ?
Oui, l’ASS doit être déclarée à l’impôt sur le revenu, dans la catégorie des traitements et salaires. En revanche, elle n’est pas soumise à la CSG ni à la CRDS.
