Une maladie ou un accident de la vie privée vous empêche durablement de travailler comme avant ? La pension d’invalidité compense une partie de la perte de revenus. Son montant dépend de deux choses : votre catégorie, fixée par le médecin-conseil de la CPAM, et votre salaire annuel moyen des 10 meilleures années. En 2026, elle va de 338,31 € à 3 300,94 € par mois. Voici les conditions, la formule exacte et des exemples chiffrés pour estimer la vôtre.
La pension d’invalidité, c’est quoi ?
La pension d’invalidité est versée par l’Assurance Maladie (CPAM ou MSA) au salarié dont la capacité de travail ou de gain est réduite d’au moins deux tiers à la suite d’un accident ou d’une maladie d’origine non professionnelle. Elle n’est pas une aide sous condition de ressources : elle est due quels que soient les autres revenus du foyer, même si certaines règles de cumul s’appliquent ensuite.
Attention à ne pas la confondre avec trois dispositifs voisins. L’inaptitude, prononcée par le médecin du travail, concerne votre poste et peut mener à un licenciement. L’allocation aux adultes handicapés (AAH) dépend, elle, de votre taux d’incapacité et de vos ressources. Et si votre accident ou votre maladie est d’origine professionnelle, vous relevez d’une autre prestation : la rente d’incapacité permanente, dont les règles de calcul diffèrent complètement.
La pension est versée chaque mois, en principe jusqu’à l’âge légal de départ à la retraite. À cet âge, elle est remplacée par une pension de vieillesse. Elle est revalorisée chaque année, en général au 1er avril.
Les conditions pour en bénéficier
Quatre conditions cumulatives doivent être réunies au moment de l’arrêt de travail ou de la constatation de l’invalidité :
- Une condition médicale : votre capacité de travail ou de gain doit être réduite d’au moins deux tiers (66 %). Concrètement, le médecin-conseil estime que vous ne pouvez plus obtenir un salaire supérieur au tiers de la rémunération normale des travailleurs de votre catégorie dans votre région. Il apprécie votre état de santé, mais aussi votre âge, vos aptitudes et votre formation — deux personnes atteintes de la même pathologie peuvent donc être classées différemment.
- Une condition d’âge : ne pas avoir atteint l’âge légal de départ à la retraite.
- Une condition d’affiliation : être affilié à la Sécurité sociale depuis au moins 12 mois au premier jour du mois de l’arrêt de travail ou de la constatation de l’invalidité.
- Une condition d’activité : avoir travaillé au moins 600 heures au cours des 12 mois précédant l’arrêt, ou avoir cotisé sur un salaire au moins égal à 2 030 fois le SMIC horaire au cours des 12 mois civils précédents. Avec un SMIC horaire brut de 12,31 € en 2026, ce second seuil représente 2 030 × 12,31 € = 24 989,30 € de salaire brut annuel.
La demande se fait auprès de votre CPAM, avec le formulaire S4150. Dans bien des cas, c’est d’ailleurs la caisse elle-même qui vous attribue la pension, après la période d’indemnités journalières, quand votre état se stabilise. Si la demande est refusée, vous pouvez la contester, d’abord à l’amiable, puis devant le pôle social du tribunal judiciaire.
Les 3 catégories d’invalidité
C’est le médecin-conseil qui détermine votre catégorie. Elle n’est pas définitive : si votre état évolue, vous pouvez changer de catégorie, à la hausse comme à la baisse, et le montant de votre pension est alors recalculé.
Catégorie 1 : vous pouvez encore travailler
Vous êtes reconnu invalide de 1re catégorie si, malgré la réduction de votre capacité de gain, vous restez capable d’exercer une activité rémunérée, même réduite. C’est la situation la plus fréquente pour les personnes qui reprennent un emploi à temps partiel ou un poste aménagé. Votre pension s’élève à 30 % de votre salaire annuel moyen.
Catégorie 2 : vous ne pouvez plus exercer d’activité
Vous êtes en 2e catégorie si vous êtes totalement incapable d’exercer une profession quelconque. Votre pension s’élève à 50 % de votre salaire annuel moyen.
Catégorie 3 : vous avez besoin d’une tierce personne
La 3e catégorie concerne les personnes totalement incapables de travailler et qui ont besoin de l’assistance d’une tierce personne pour accomplir les actes ordinaires de la vie : se lever, se laver, s’habiller, se nourrir. Vous touchez alors la pension de catégorie 2, soit 50 % du salaire annuel moyen, plus la majoration pour tierce personne (MTP), fixée à 1 298,44 € par mois en 2026. La MTP n’est ni imposable ni soumise à la CSG et à la CRDS, et elle est versée sans condition de ressources. Elle cesse en cas d’hospitalisation au-delà du premier mois.
La formule de calcul, étape par étape
Le calcul repose sur le salaire annuel moyen (SAM) : la moyenne de vos 10 meilleures années de salaires bruts soumis à cotisations, chaque année étant plafonnée au plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS) de l’année correspondante. Le PASS 2026 est de 48 060 € par an, soit 4 005 € par mois. Attention : ce SAM « invalidité » porte sur 10 années, contrairement au SAM retraite qui en retient 25.
La formule est ensuite très simple :
- Catégorie 1 : pension annuelle = 30 % × SAM, puis divisez par 12 pour le montant mensuel.
- Catégorie 2 : pension annuelle = 50 % × SAM, puis divisez par 12.
- Catégorie 3 : pension mensuelle = pension de catégorie 2 + 1 298,44 € de MTP.
Enfin, deux garde-fous s’appliquent. Un plancher : si le calcul donne moins, la pension est portée au minimum, soit 338,31 € par mois en 2026 pour les catégories 1 et 2 (et donc 338,31 € + 1 298,44 € = 1 636,75 € pour la catégorie 3). Un plafond : même avec un très bon salaire, la pension ne peut pas dépasser 1 201,50 € par mois en catégorie 1, 2 002,50 € en catégorie 2 et 3 300,94 € en catégorie 3.
Montants 2026 par catégorie
| Catégorie | Taux appliqué au SAM | Minimum mensuel | Maximum mensuel |
|---|---|---|---|
| 1re catégorie | 30 % | 338,31 € | 1 201,50 € |
| 2e catégorie | 50 % | 338,31 € | 2 002,50 € |
| 3e catégorie | 50 % + MTP | 1 636,75 € | 3 300,94 € |
La pension d’invalidité est imposable et soumise à la CSG et à la CRDS, sauf pour les revenus les plus modestes, qui peuvent en être exonérés. Seule la majoration pour tierce personne échappe à l’impôt et aux prélèvements sociaux.
Exemples chiffrés : combien toucheriez-vous ?
Exemple 1 : un SAM de 24 000 € par an
Vous gagniez en moyenne 2 000 € bruts par mois sur vos 10 meilleures années. En catégorie 1, votre pension est de 24 000 € × 30 % = 7 200 € par an, soit 600 € par mois. En catégorie 2, elle est de 24 000 € × 50 % = 12 000 € par an, soit 1 000 € par mois. En catégorie 3, vous ajoutez la MTP : 1 000 € + 1 298,44 € = 2 298,44 € par mois.
Exemple 2 : un SAM de 36 000 € par an
Vous gagniez en moyenne 3 000 € bruts par mois. En catégorie 1 : 36 000 € × 30 % = 10 800 € par an, soit 900 € par mois. En catégorie 2 : 36 000 € × 50 % = 18 000 € par an, soit 1 500 € par mois. En catégorie 3 : 1 500 € + 1 298,44 € = 2 798,44 € par mois.
Exemple 3 : un SAM au plafond, 48 060 € par an
Vous gagniez au moins 4 005 € bruts par mois sur vos 10 meilleures années. Le calcul brut donnerait 1 201,50 € en catégorie 1 (48 060 € × 30 % ÷ 12) et 2 002,50 € en catégorie 2 : vous touchez exactement les plafonds. En catégorie 3, vous atteignez le maximum : 2 002,50 € + 1 298,44 € = 3 300,94 € par mois.
Exemple 4 : un petit SAM de 12 000 € par an
Vous gagniez en moyenne 1 000 € bruts par mois. En catégorie 1, le calcul donnerait 12 000 € × 30 % ÷ 12 = 300 € par mois : c’est en dessous du plancher, votre pension est donc portée à 338,31 € par mois. En catégorie 2, le calcul donne 500 € par mois, au-dessus du plancher : vous touchez 500 € par mois. C’est le plancher qui protège les petites pensions.
Exemple 5 : le cumul avec un salaire en catégorie 1
En catégorie 1, vous pouvez cumuler pension et salaire, mais le total ne doit pas dépasser un « salaire de comparaison », lié à ce que vous gagniez avant l’invalidité. Prenons un cas concret, inspiré des règles de la Sécurité sociale : votre salaire annuel brut avant l’invalidité était de 30 000 € et votre pension de catégorie 1 est de 10 000 € par an (833,33 € par mois). Vous ne pouvez alors pas percevoir plus de 20 000 € de salaire en plus de votre pension, pour un total de 30 000 €. Si le cumul dépasse ce seuil, votre pension est réduite de la moitié du dépassement : un dépassement de 100 € entraîne une réduction de 50 € de la pension. La caisse examine vos revenus sur une année glissante et vous notifie toute suspension, qui reste provisoire : le versement peut reprendre si vous remplissez à nouveau les conditions.
Quand la pension est trop faible : l’ASI
Si votre pension et vos autres ressources restent modestes, vous pouvez demander l’allocation supplémentaire d’invalidité (ASI) auprès de votre CPAM. Elle complète vos revenus jusqu’à un plafond fixé, depuis le 1er avril 2026, à 922,17 € par mois pour une personne seule et 1 542,84 € par mois pour un couple. L’ASI n’est pas imposable et n’est plus récupérable sur la succession depuis 2020. Elle cesse à l’âge de la retraite, où l’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA) prend le relais. Pour en bénéficier, il faut avoir moins de 64 ans et respecter les plafonds de ressources — renseignez-vous auprès de votre caisse, car le calcul tient compte de l’ensemble des revenus du foyer.
Ce qui change au fil du temps : révision, suspension, retraite
Votre catégorie n’est pas figée. Si votre état de santé s’améliore, vous pouvez passer de la catégorie 2 à la catégorie 1, et votre pension baisse en conséquence ; si votre état s’aggrave, l’inverse est possible. La caisse peut aussi suspendre provisoirement le versement si vos revenus dépassent le seuil de cumul, puis le reprendre ensuite.
À l’âge légal de départ à la retraite, la pension d’invalidité s’arrête et laisse place à une pension de vieillesse. Pour les personnes dont l’invalidité a été reconnue, cette pension de retraite peut être attribuée au taux plein, sans décote, dès l’âge légal. C’est un point à vérifier avec votre caisse de retraite avant l’échéance, car les démarches ne sont pas automatiques.
Enfin, pensez à la prévoyance. La pension d’invalidité ne remplace que 30 % ou 50 % de votre salaire moyen, dans la limite des plafonds : pour un salaire de 3 000 € bruts par mois, la catégorie 2 ne verse que 1 500 €. Un contrat de prévoyance collective ou individuelle peut compléter ce revenu — c’est souvent lui qui fait la différence entre un budget qui tient et un budget qui dérape.
Nos calculettes utiles
Pour préparer vos démarches, ces outils gratuits vous aident à chiffrer votre situation : notre calculateur de temps partiel pour estimer un salaire à temps réduit, et notre convertisseur d’heures en jours pour vérifier vos durées de travail. Vous pouvez aussi relire notre guide sur le calcul des indemnités journalières en arrêt maladie, qui précède souvent la pension, celui sur le calcul de la pension de retraite, qui prend le relais à l’âge légal, et notre guide mi-temps thérapeutique et salaire si vous reprenez progressivement le travail.
Questions fréquentes
Quel est le montant minimum de la pension d’invalidité en 2026 ?
Le plancher est de 338,31 € par mois pour les catégories 1 et 2. En catégorie 3, il faut ajouter la majoration pour tierce personne de 1 298,44 €, soit un minimum de 1 636,75 € par mois.
Comment est calculé le salaire annuel moyen ?
C’est la moyenne de vos 10 meilleures années de salaires bruts soumis à cotisations, chaque année étant plafonnée au plafond annuel de la Sécurité sociale de l’année concernée (48 060 € en 2026). La sélection des 10 meilleures années est faite automatiquement par la caisse.
Peut-on travailler en touchant une pension d’invalidité ?
Oui, surtout en catégorie 1, qui suppose justement que vous pouvez encore exercer une activité rémunérée. En revanche, le cumul de la pension et du salaire est plafonné par un salaire de comparaison : au-delà, la pension est réduite de la moitié du dépassement.
La pension d’invalidité est-elle versée à vie ?
Non : elle est versée jusqu’à l’âge légal de départ à la retraite, où elle est remplacée par une pension de vieillesse. Avant cet âge, elle peut aussi être révisée, suspendue ou supprimée si votre état ou vos revenus évoluent.
Quelle est la différence entre invalidité et inaptitude ?
L’invalidité est reconnue par le médecin-conseil de la Sécurité sociale et ouvre droit à une pension. L’inaptitude est prononcée par le médecin du travail, elle porte sur votre aptitude à votre poste et peut conduire à un reclassement ou à un licenciement. On peut être invalide sans être inapte, et inversement.
Que faire en cas de refus de pension d’invalidité ?
Vous pouvez contester la décision de la caisse, d’abord par un recours amiable auprès de la commission médicale de recours amiable, puis, si nécessaire, devant le pôle social du tribunal judiciaire. Conservez tous vos justificatifs médicaux et vos bulletins de salaire : ils sont décisifs pour faire reconnaître la réduction de votre capacité de gain.
