Vous vous êtes blessé sur votre lieu de travail et vous vous demandez combien vous allez toucher pendant votre arrêt ? L’accident du travail suit des règles bien plus favorables qu’un arrêt maladie classique : pas de délai de carence, des indemnités journalières à 60 % puis 80 % du salaire, et des soins pris en charge à 100 %. Mais attention, tout change au 1er novembre 2026 : un décret abaisse fortement le plafond d’indemnisation. Voici le guide complet, avec le calcul pas à pas et des exemples chiffrés concrets.
Qu’est-ce qu’un accident du travail ?
L’article L. 411-1 du Code de la Sécurité sociale définit l’accident du travail comme l’accident survenu, quelle qu’en soit la cause, par le fait ou à l’occasion du travail, à toute personne salariée. Concrètement, cela couvre aussi bien une chute dans les escaliers de l’entreprise qu’une blessure lors de la manipulation d’une machine ou un malaise survenu pendant une réunion de travail.
Ne confondez pas avec l’accident de trajet : il s’agit de l’accident survenu sur le parcours entre votre domicile et votre lieu de travail (ou votre lieu de restauration habituel). Il bénéficie d’une protection spécifique, mais son indemnisation ne suit pas exactement les mêmes règles. Enfin, si la pathologie apparaît progressivement (trouble musculo-squelettique, surdité, amiante), on parle de maladie professionnelle — le calcul des indemnités journalières est identique à celui de l’accident du travail.
Déclarer un accident du travail : les délais à respecter
La déclaration conditionne tout le reste : sans elle, pas d’indemnités. Voici la marche à suivre, dans l’ordre.
1. Prévenez votre employeur dans les 24 heures
En tant que salarié, vous devez informer votre employeur dans les 24 heures qui suivent l’accident (sauf impossibilité absolue, par exemple hospitalisation). Un simple appel ou un message écrit suffit, mais préférez toujours l’écrit pour garder une trace.
2. Votre employeur déclare à la CPAM sous 48 heures
L’employeur est tenu de déclarer l’accident à votre caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) dans les 48 heures ouvrées, via le formulaire Cerfa de déclaration d’accident du travail. S’il conteste le caractère professionnel de l’accident, il peut émettre des réserves motivées : la CPAM mènera alors une enquête.
3. La feuille d’accident du travail (S6201)
Après la déclaration, votre employeur vous remet la feuille d’accident du travail ou de maladie professionnelle (formulaire S6201). Présentez-la à chaque consultation liée à l’accident : vos soins sont pris en charge à 100 %, sans avance de frais, sur la base des tarifs de la Sécurité sociale.
4. La décision de la CPAM : 30 jours
La CPAM dispose de 30 jours pour statuer sur le caractère professionnel de l’accident. En cas de réserves de l’employeur ou d’investigations complémentaires, ce délai peut être prolongé de 70 jours (soit 100 jours au total). Pendant ce délai, vous êtes considéré comme victime d’accident du travail à titre provisionnel : les remboursements et les indemnités journalières commencent à être versés.
Indemnités journalières : le calcul pas à pas
Voici la méthode exacte utilisée par la CPAM pour calculer vos indemnités journalières (IJSS) en cas d’accident du travail.
Étape 1 : le gain journalier de base
Le gain journalier de base se calcule à partir de votre salaire brut du mois précédant l’arrêt :
Gain journalier de base = salaire brut du mois précédent ÷ 30,42
Le diviseur 30,42 correspond au nombre moyen de jours par mois sur une année (365 ÷ 12). Ce gain journalier est plafonné : on y revient dans la section suivante, car le plafond change au 1er novembre 2026.
Étape 2 : le taux selon la durée de l’arrêt
- Du 1er au 28e jour d’arrêt : l’indemnité vaut 60 % du gain journalier de base ;
- À partir du 29e jour : l’indemnité passe à 80 % du gain journalier de base.
Comparez avec un arrêt maladie classique : 50 % du salaire journalier seulement, avec 3 jours de carence. En accident du travail, il n’y a aucun délai de carence : les indemnités démarrent dès le lendemain de l’accident, et le jour de l’accident lui-même reste payé par l’employeur au titre du salaire.
Étape 3 : les versements
Les indemnités sont versées tous les 14 jours par la CPAM, pendant toute la durée de l’arrêt, jusqu’à la guérison ou la consolidation de votre état. Elles sont soumises à la CSG et à la CRDS, déduites avant versement. Le calcul de référence des indemnités journalières IJSS suit la même logique pour la maladie ordinaire, avec des taux et plafonds différents.
Les plafonds 2026 : ce qui change au 1er novembre 2026
C’est le point que la plupart des guides en ligne n’ont pas encore intégré. Le décret n° 2026-909 du 30 septembre 2026 abaisse fortement le plafond d’indemnisation des accidents du travail et maladies professionnelles, à compter du 1er novembre 2026. Le salaire journalier servant de base au calcul des indemnités est désormais limité à 0,226 % du plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), soit 108,62 € par jour — l’équivalent de 1,8 Smic. Auparavant, cette limite était de 0,834 % du PASS, soit 400,82 € par jour.
| Période d’arrêt | IJ max avant le 1/11/2026 | IJ max dès le 1/11/2026 |
|---|---|---|
| Jours 1 à 28 (60 %) | 240,49 € / jour | 65,17 € / jour |
| À partir du 29e jour (80 %) | 320,66 € / jour | 86,90 € / jour |
Concrètement, l’indemnisation des accidents du travail se rapproche désormais de celle de la maladie ordinaire. Pour les salaires modestes et moyens, l’impact est limité : avec un gain journalier de base inférieur à 108,62 € (soit un salaire brut mensuel inférieur à environ 3 305 €), le plafond ne s’applique pas et le calcul reste inchangé. Pour les salaires élevés en revanche, la baisse est massive — l’exemple n° 3 ci-dessous le montre chiffres à l’appui.
4 exemples chiffrés concrets
Exemple 1 : Léa, 2 400 € brut, arrêt de 20 jours
Gain journalier de base : 2 400 ÷ 30,42 = 78,90 €. Indemnité : 60 % × 78,90 = 47,34 € par jour. Pour 20 jours d’arrêt : 20 × 47,34 = 946,80 €. Pas de carence : Léa est indemnisée dès le lendemain de l’accident. La réforme du 1er novembre ne change rien pour elle, son gain journalier étant inférieur au plafond.
Exemple 2 : même profil, arrêt de 45 jours
Jours 1 à 28 : 28 × 47,34 = 1 325,52 €. Jours 29 à 45 : le taux passe à 80 %, soit 63,12 € par jour ; 17 × 63,12 = 1 073,04 €. Total versé par la CPAM : 2 398,56 € (avant déduction CSG/CRDS).
Exemple 3 : cadre à 8 000 € brut, arrêt de 40 jours — avant et après la réforme
Gain journalier théorique : 8 000 ÷ 30,42 = 262,99 €, mais il est plafonné.
Arrêt commencé avant le 1er novembre 2026 (plafond 400,82 €/jour) : 28 × 240,49 = 6 733,72 €, puis 12 × 320,66 = 3 847,92 €, soit 10 581,64 € au total.
Arrêt commencé à partir du 1er novembre 2026 (plafond 108,62 €/jour) : 28 × 65,17 = 1 824,76 €, puis 12 × 86,90 = 1 042,80 €, soit 2 867,56 € au total.
La différence dépasse 7 700 € : pour les hauts salaires, le complément de l’employeur ou de la prévoyance devient décisif.
Exemple 4 : Karim, 1 900 € brut, arrêt de 10 jours
Gain journalier : 1 900 ÷ 30,42 = 62,46 €. Indemnité : 60 % × 62,46 = 37,48 € par jour, soit 10 × 37,48 = 374,80 €. Le jour de l’accident est payé normalement par l’employeur.
Ce que les autres guides oublient souvent
Le complément de l’employeur et la subrogation
La plupart des conventions collectives prévoient un maintien de salaire partiel ou total pendant l’arrêt. L’employeur peut alors pratiquer la subrogation : il vous verse l’intégralité de votre paie et perçoit directement les indemnités de la CPAM. Vérifiez votre fiche de paie ligne par ligne : les IJSS subrogées y apparaissent en déduction. Notre guide pour lire une fiche de paie vous aide à repérer ces lignes.
La revalorisation après 3 mois d’arrêt
Peu de salariés le savent : au-delà de 3 mois d’arrêt, votre indemnité journalière peut être revalorisée si une augmentation générale des salaires est intervenue dans votre entreprise depuis l’accident. Pensez à le signaler à votre CPAM.
La protection contre le licenciement
Pendant toute la durée de l’arrêt pour accident du travail, votre employeur ne peut pas vous licencier, sauf faute grave ou impossibilité de maintenir votre contrat pour un motif étranger à l’accident. Cette protection est plus forte qu’en arrêt maladie ordinaire.
Les séquelles : capital ou rente
Si l’accident laisse des séquelles permanentes, le médecin conseil de la CPAM fixe un taux d’incapacité permanente partielle (IPP) : en dessous de 10 %, vous percevez une indemnité en capital (versement unique) ; à partir de 10 %, une rente viagère mensuelle, calculée sur votre salaire antérieur et votre taux d’IPP. Si l’accident résulte d’une faute inexcusable de l’employeur — il connaissait le danger sans prendre les mesures nécessaires — vous pouvez obtenir une majoration de la rente devant le pôle social du tribunal judiciaire.
La reprise : pensez au mi-temps thérapeutique
Après un accident du travail, la reprise peut se faire en mi-temps thérapeutique : vous retravaillez à temps partiel tout en continuant de percevoir une partie des indemnités journalières, ce qui lisse la baisse de revenus pendant la convalescence.
Nos calculettes utiles
- Calcul entre deux dates — mesurez la durée exacte de votre arrêt de travail ;
- Calculateur temps partiel — estimez votre salaire en reprise à mi-temps thérapeutique ;
- Addition d’heures — comptabilisez vos heures d’absence pour vos démarches.
Questions fréquentes
Quel est le délai pour déclarer un accident du travail ?
Le salarié doit prévenir son employeur dans les 24 heures suivant l’accident, puis l’employeur déclare l’accident à la CPAM dans les 48 heures ouvrées. Un retard de déclaration peut compliquer la reconnaissance, mais ne fait pas perdre automatiquement vos droits : déclarez toujours, même tardivement.
Y a-t-il un délai de carence en accident du travail ?
Non. Contrairement à l’arrêt maladie (3 jours de carence), les indemnités journalières d’accident du travail sont versées dès le lendemain de l’accident, sans condition d’ancienneté ni de cotisations. Le jour de l’accident reste payé par l’employeur.
Comment sont calculées les indemnités journalières en 2026 ?
La CPAM calcule un gain journalier de base (salaire brut du mois précédent ÷ 30,42, plafonné), puis applique 60 % du 1er au 28e jour d’arrêt et 80 % à partir du 29e jour. Les indemnités sont versées tous les 14 jours, après déduction de la CSG et de la CRDS.
Que change le 1er novembre 2026 pour les indemnités AT ?
Le décret n° 2026-909 du 30 septembre 2026 abaisse le plafond du gain journalier pris en compte à 108,62 € par jour (1,8 Smic), contre 400,82 € auparavant. Les indemnités maximales tombent à 65,17 €/jour (60 %) puis 86,90 €/jour (80 %). Les salaires inférieurs à environ 3 305 € brut par mois ne sont pas concernés.
Mon employeur complète-t-il les indemnités de la CPAM ?
Souvent, oui : la plupart des conventions collectives prévoient un maintien de salaire total ou partiel. L’employeur peut aussi pratiquer la subrogation et vous verser votre paie complète en percevant les IJ à votre place. Consultez votre convention collective et votre bulletin de salaire pour vérifier.
Puis-je être licencié pendant un arrêt pour accident du travail ?
Non, sauf faute grave ou impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à l’accident. Cette protection dure pendant tout l’arrêt de travail. En cas de séquelles empêchant la reprise, c’est la procédure d’inaptitude qui s’applique, avec ses propres indemnités.
