Réponse rapide : en 2026, le forfait mobilités durables (FMD) permet à votre employeur de vous verser jusqu’à 600 € par an exonérés de cotisations sociales et d’impôt sur le revenu si vous venez travailler à vélo, en covoiturage ou en trottinette. Ce plafond monte à 900 € par an si le FMD est cumulé avec la prise en charge de votre abonnement de transport en commun. Au-delà, l’excédent est traité comme du salaire classique : cotisé et imposé.
Créé en mai 2020 par la loi d’orientation des mobilités, le FMD reste pourtant méconnu : à peine plus de la moitié des grandes entreprises le versent, et beaucoup de salariés ignorent qu’ils peuvent en bénéficier. Voici comment il fonctionne, combien vous pouvez réellement toucher, et comment le calculer au plus juste.
Le forfait mobilités durables, c’est quoi exactement ?
Le FMD est une indemnité facultative versée par l’employeur pour prendre en charge tout ou partie des frais de trajet domicile-travail effectués avec un mode de transport durable. Son objectif est simple : encourager les salariés à délaisser la voiture en solo au profit du vélo, du covoiturage ou des engins de déplacement personnel.
Concrètement, l’employeur vous verse une somme forfaitaire — mensuelle ou annuelle — qui, dans la limite des plafonds, est exonérée de cotisations sociales, de CSG-CRDS et d’impôt sur le revenu. C’est donc de l’argent net, sans charges pour vous comme pour lui.
Deux précisions importantes d’emblée : le FMD est facultatif — votre employeur n’est pas obligé de le mettre en place, sauf si un accord de branche ou d’entreprise l’impose — et il concerne aussi bien le secteur privé que la fonction publique, avec des règles légèrement différentes.
Quels moyens de transport sont couverts par le FMD ?
La liste officielle des modes éligibles (ministère de la Transition écologique) :
- le vélo, classique ou à assistance électrique, personnel ou en location ;
- le covoiturage, que vous soyez conducteur ou passager ;
- les engins de déplacement personnels motorisés en location ou en libre-service : trottinette électrique, gyropode, hoverboard ;
- les cyclomoteurs et motocyclettes en location ou en libre-service (type scooters en free-floating) ;
- l’autopartage avec des véhicules électriques, hybrides rechargeables ou à hydrogène ;
- les transports en commun, hors abonnement (par exemple des titres à l’unité pour compléter un trajet).
À l’inverse, ne sont pas éligibles : la voiture personnelle utilisée en solo (même électrique), les scooters et motos personnels, les taxis et VTC, et la marche à pied. Autrement dit, le FMD récompense les mobilités partagées ou douces, pas le trajet individuel motorisé.
Vous pouvez d’ailleurs combiner plusieurs modes sur l’année — vélo au printemps, covoiturage l’hiver : c’est le montant total versé au titre du FMD qui est comparé au plafond annuel.
Montants 2026 : les 3 plafonds à connaître
Depuis le 1er janvier 2025, les règles se sont stabilisées après la fin des mesures temporaires. En 2026, dans le secteur privé, l’exonération s’applique dans la limite de :
| Situation | Plafond exonéré / an |
|---|---|
| FMD versé seul | 600 € |
| FMD cumulé avec la prise en charge de l’abonnement de transport en commun | 900 € |
| FMD cumulé avec la prime transport (frais de carburant ou d’alimentation électrique) | 600 €, dont 300 € maximum pour le carburant |
Ce qui dépasse le plafond n’est pas perdu : la fraction excédentaire est simplement réintégrée dans l’assiette et traitée comme du salaire — soumise aux cotisations sociales et à l’impôt sur le revenu. Verser 1 000 € de FMD seul à un salarié, c’est 600 € exonérés et 400 € cotisés et imposés.
Attention aux chiffres dépassés : vous lirez encore sur certains sites un plafond de 700 €, voire 800 €. Ces montants correspondent à des périodes antérieures (le plafond était de 700 € en 2024, avec des majorations temporaires pendant la crise énergétique). Depuis le 1er janvier 2025, c’est bien 600 € qui s’applique — la FAQ officielle du ministère de la Transition écologique le confirme.
Rien n’interdit à votre employeur de verser plus que ces plafonds : c’est même parfois le cas dans les entreprises qui veulent encourager fortement le vélo. Mais l’excédent sera cotisé et imposé, ce qui en réduit l’intérêt.
Fonction publique : un barème à part
Pour les agents publics, le FMD fonctionne par paliers selon le nombre de jours de déplacement durable dans l’année civile :
| Jours de mobilité durable / an | Montant versé |
|---|---|
| 100 jours et plus | 300 € |
| 50 à 99 jours | 200 € |
| 30 à 49 jours | 100 € |
En dessous de 30 jours, aucun versement. Ce barème, fixé par le décret du 13 décembre 2022, n’a pas été revalorisé depuis — malgré des demandes syndicales répétées, aucun projet de loi de finances 2026 ne prévoit de hausse.
Comment est calculé le montant de votre FMD ?
Contrairement à une idée reçue, il n’existe pas de formule unique imposée par la loi : c’est l’accord d’entreprise (ou la décision unilatérale de l’employeur) qui fixe la méthode. En pratique, trois approches coexistent.
1. Le forfait fixe : la méthode la plus simple
L’employeur verse le même montant à tous les salariés éligibles — par exemple 400 € par an, ou 33,33 € par mois. C’est la méthode la plus répandue : simple à gérer, lisible pour tout le monde, et elle respecte naturellement l’égalité de traitement.
2. Le calcul au kilomètre : 0,35 € par km
Certains accords calculent le FMD au prorata de la distance domicile-travail, sur la base de 0,35 € par kilomètre parcouru en mobilité douce. La formule :
FMD = distance aller-retour (km) × 0,35 € × nombre de jours travaillés
Exemple : vous habitez à 4 km de votre bureau et venez à vélo 210 jours par an. Votre FMD théorique : 8 × 0,35 × 210 = 588 €. Comme ce montant reste sous le plafond de 600 €, il est intégralement exonéré.
3. Le remboursement sur justificatifs réels
L’employeur peut aussi rembourser les frais réellement engagés : factures d’entretien ou de réparation du vélo, abonnement de location longue durée, justificatifs de covoiturage (plateformes type BlaBlaCar Daily). Le total annuel reste bien sûr comparé au plafond de 600 €.
Le cas des salariés à temps partiel
Bonne nouvelle : les salariés à temps partiel sont éligibles au même titre que les autres. Mais si votre temps de travail est inférieur à 50 % d’un temps plein, le montant du FMD est proratisé en fonction de vos heures — selon la même logique que le calcul du salaire à temps partiel.
Exemple : dans votre entreprise, le temps plein est de 35 h et le FMD est fixé à 500 € par an. Vous travaillez 7 h par semaine, soit 20 % d’un temps plein — c’est-à-dire 40 % de la moitié du temps plein (17,5 h). Votre FMD : 500 × (7 ÷ 17,5) = 200 €.
Les cumuls : ce qui se combine et ce qui coince
Le FMD se cumule avec la prise en charge obligatoire de 50 % de votre abonnement de transport en commun — c’est même ce cumul qui débloque le plafond majoré de 900 €. Mais attention au calcul global.
Exemple : vous êtes abonnée Navigo à 90,80 € par mois. Votre employeur rembourse 50 % de l’abonnement, soit 544,80 € par an, et vous verse en plus un FMD de 400 € pour vos trajets à vélo. Total : 944,80 €. Le plafond de cumul est de 900 € : les 44,80 € excédentaires sont soumis à cotisations et à l’impôt.
Le FMD se cumule aussi, sous conditions, avec la prime transport (prise en charge des frais de carburant ou d’alimentation d’un véhicule électrique) : le plafond global reste alors de 600 €, dont 300 € maximum pour le carburant.
En revanche, ce qui ne fonctionne pas : verser un FMD pour un trajet déjà intégralement couvert par un autre dispositif, ou empiler les exonérations sans réintégrer le dépassement. La règle de bon sens : un même trajet, un seul dispositif d’exonération à la fois, et un plafond annuel à surveiller.
À noter enfin : le FMD est cumulable avec l’indemnité carburant versée par l’État aux « gros rouleurs » à revenus modestes (50 € par mois en 2026), car il s’agit d’une aide gouvernementale distincte des dispositifs employeur.
Conditions et mise en place : comment l’obtenir ?
Le FMD ne tombe pas du ciel : il doit être mis en place dans votre entreprise. Les modalités (montant, critères d’attribution) sont fixées par accord d’entreprise ou, à défaut, par accord de branche. En l’absence d’accord, l’employeur peut décider seul, après consultation du comité social et économique (CSE) s’il en existe un.
Une fois le dispositif créé, l’employeur doit en faire bénéficier tous les salariés éligibles selon les mêmes modalités : CDI, CDD, intérimaires, apprentis, stagiaires, temps partiels, salariés multi-sites. Pas question de réserver le FMD aux cadres ou aux cyclistes du siège : l’inégalité de traitement est sanctionnée (750 € d’amende pour une personne physique, 3 750 € pour une personne morale). Seuls les volontaires en service civique sont exclus du dispositif.
Le justificatif : pour percevoir le FMD, vous devez fournir chaque année civile une attestation sur l’honneur (ou un justificatif de paiement des frais engagés) prouvant l’utilisation effective d’un mode durable. C’est la condition de l’exonération : sans preuve, l’administration peut requalifier les sommes en salaire.
Côté paie, le FMD apparaît sur le bulletin de salaire et doit être déclaré en DSN. La part exonérée n’entre ni dans l’assiette des cotisations, ni dans le revenu imposable ; la part excédentaire, elle, suit le régime normal du salaire.
4 exemples chiffrés pour y voir clair
Exemple 1 — Léa, 6 km aller-retour à vélo. Son entreprise verse un FMD fixe de 400 € par an. 400 € < 600 € : la totalité est exonérée. Léa touche 400 € nets, sans impôt ni charges.
Exemple 2 — Karim, 12 km aller-retour à vélo, 218 jours par an. Son accord calcule le FMD au kilomètre : 12 × 0,35 × 218 = 915,60 €. Le plafond est de 600 € : 600 € sont exonérés, et les 315,60 € excédentaires sont soumis aux cotisations et à l’impôt.
Exemple 3 — Sophie, Navigo + vélo. Remboursement 50 % du Navigo : 544,80 € par an. FMD vélo : 500 €. Total : 1 044,80 €, plafond de cumul 900 € : 144,80 € réintégrés dans l’assiette sociale et fiscale.
Exemple 4 — Mehdi, agent public, 80 jours de covoiturage. Barème fonction publique : 80 jours → tranche 50-99 jours → 200 € versés, exonérés.
Questions fréquentes sur le forfait mobilités durables
Le FMD est-il obligatoire pour mon employeur ?
Non. C’est un dispositif facultatif, sauf si un accord de branche ou d’entreprise le rend obligatoire dans votre secteur. Renseignez-vous auprès de votre CSE ou de vos représentants du personnel : beaucoup d’accords existent sans que les salariés le sachent.
Puis-je cumuler le FMD et le remboursement de mon abonnement de train ?
Oui, dans la limite du plafond de 900 € par an pour l’ensemble (FMD + prise en charge de l’abonnement). Au-delà, l’excédent est cotisé et imposé. Faites le calcul avant de demander les deux dispositifs au maximum.
Le FMD est-il imposable ?
Non, dans la limite des plafonds (600 € seul, 900 € en cumul). Seule la fraction qui dépasse le plafond applicable est soumise à l’impôt sur le revenu et aux cotisations sociales.
Que doit contenir l’attestation sur l’honneur ?
Votre identité, le mode de transport durable utilisé, et une déclaration d’utilisation effective pour vos trajets domicile-travail sur l’année civile. Certains employeurs fournissent un modèle ; à défaut, une attestation manuscrite ou un formulaire simple suffit, éventuellement accompagnée de justificatifs (factures, relevés de covoiturage).
Mon employeur peut-il verser le FMD uniquement aux cyclistes ?
Non. Le principe d’égalité de traitement impose les mêmes modalités à tous les salariés éligibles utilisant un mode durable couvert. En revanche, l’accord peut moduler le montant selon des critères objectifs (distance, par exemple), à condition qu’ils s’appliquent à tous.
Le FMD apparaît-il sur la fiche de paie ?
Oui, comme une ligne distincte. La part exonérée n’est ni cotisée ni imposable ; seule la part excédentaire éventuelle entre dans l’assiette. Pour apprendre à décrypter chaque ligne de votre bulletin, consultez notre guide complet de la fiche de paie 2026.
Nos calculettes utiles
- Calculateur de salaire brut / net — pour estimer ce que vous coûterait un excédent de FMD imposé et cotisé.
- Calculateur temps partiel — pour vérifier la proratisation de vos droits (FMD, salaire) selon votre quotité de travail.
Pour aller plus loin sur les frais de transport : le remboursement des frais domicile-travail (50 % obligatoires, prime transport), le barème des indemnités kilométriques 2026 pour les trajets en voiture personnelle, et notre guide brut en net 2026 pour convertir n’importe quel montant.
