Apprendre qu’un proche est en fin de vie bouleverse tout, y compris le travail. Le congé de solidarité familiale existe précisément pour ces moments-là : il permet à tout salarié de suspendre ou de réduire son activité pour accompagner un parent, un enfant, un frère, une sœur ou une personne qui partage son domicile, sans condition d’ancienneté. Sa durée maximale est de 3 mois, renouvelable une fois, et une allocation — l’AJAP — compense partiellement la perte de salaire : 64,93 € brut par jour pendant 21 jours maximum en 2026.
Voici le fonctionnement complet du dispositif : qui peut en bénéficier, comment calculer son indemnisation avec des exemples chiffrés, les démarches pas à pas, et les droits que vous conservez pendant le congé.
Qu’est-ce que le congé de solidarité familiale ?
Créé par la loi du 9 juin 1999 sur les soins palliatifs et codifié aux articles L.3142-6 à L.3142-15 du Code du travail, le congé de solidarité familiale permet à un salarié de s’absenter pour accompagner un proche dont le pronostic vital est engagé, ou qui se trouve en phase avancée ou terminale d’une affection grave et incurable, quelle qu’en soit la cause (cancer, maladie neurodégénérative, insuffisance organique grave…).
Deux points le distinguent de la plupart des autres congés :
- Aucune condition d’ancienneté : vous pouvez le demander dès votre premier jour dans l’entreprise, en CDI, en CDD ou en intérim.
- L’employeur ne peut ni le refuser ni le reporter dès lors que les formalités sont respectées — c’est un droit absolu du salarié pour le congé à temps plein. Seuls le fractionnement et le passage à temps partiel nécessitent son accord.
Qui peut bénéficier du congé de solidarité familiale ?
Le congé est ouvert à tous les salariés du secteur privé (ainsi qu’aux agents de la fonction publique, avec des modalités spécifiques détaillées plus bas). La personne accompagnée doit être :
- un ascendant (parent, grand-parent) ;
- un descendant (enfant, petit-enfant) ;
- un frère ou une sœur ;
- une personne partageant votre domicile ;
- ou une personne qui vous a désigné comme sa personne de confiance (désignation écrite remise à l’équipe soignante) — ce qui permet, par exemple, d’accompagner un ami proche.
L’accompagnement doit se faire à domicile : celui de la personne malade, le vôtre, celui d’un tiers, ou en EHPAD. En revanche, si la personne est d’emblée hospitalisée au moment de la demande, le congé ne peut pas être accordé. Bonne nouvelle toutefois : si l’hospitalisation survient après le début du congé, le versement de l’allocation est maintenu.
Quelle est la durée du congé de solidarité familiale ?
La durée est fixée par convention collective ou accord d’entreprise. À défaut, elle est de 3 mois maximum, renouvelable une fois — soit 6 mois au total. Trois formules sont possibles :
- À temps plein, en continu : vous suspendez totalement votre activité pendant 3 mois, renouvelables une fois. L’employeur ne peut pas s’y opposer.
- De manière fractionnée : le congé est pris par périodes d’au moins 1 jour, avec l’accord de l’employeur, dans la limite de 6 mois au total. Idéal pour alterner présence auprès du proche et travail.
- À temps partiel : vous réduisez votre activité à 50 %, 60 %, 70 % ou 80 %, avec l’accord de l’employeur, pour 3 mois maximum renouvelables une fois.
Pensez à vérifier votre convention collective : certaines prévoient des durées plus favorables ou un maintien partiel du salaire pendant le congé.
Quand le congé prend-il fin ?
Le congé se termine à l’expiration de la durée prévue, dans les 3 jours qui suivent le décès de la personne accompagnée, ou à une date antérieure si vous demandez une reprise anticipée — c’est votre droit, sur simple demande.
Comment demander le congé de solidarité familiale ?
La procédure est simple, mais les délais comptent :
- Informez votre employeur au moins 15 jours avant le début du congé, par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise en main propre contre décharge. Précisez la date de début, la durée prévisible et, le cas échéant, votre souhait de fractionnement ou de temps partiel.
- Joignez un certificat médical établi par le médecin traitant de la personne malade, attestant de la gravité de son état et de la nécessité de votre présence.
- Pour l’allocation (AJAP), adressez le formulaire Cerfa n° 14555*01 à votre caisse d’assurance maladie (CPAM), accompagné du certificat médical et d’une attestation de votre employeur confirmant le congé.
Cas d’urgence : si le médecin constate par écrit une urgence absolue, le congé débute immédiatement, sans respecter le délai de 15 jours. Pour un renouvellement, la même procédure s’applique : prévenez l’employeur au moins 15 jours avant la fin de la période initiale.
Quelle indemnisation ? L’AJAP : montant et calcul
Pendant le congé, votre contrat de travail est suspendu : l’employeur ne vous verse aucun salaire. Vous pouvez en revanche percevoir l’allocation journalière d’accompagnement d’une personne en fin de vie (AJAP), versée par l’Assurance Maladie. Au 1er avril 2026, son montant est de :
- 64,93 € brut par jour en cas d’arrêt total d’activité, pendant 21 jours maximum ;
- 32,47 € brut par jour en cas de temps partiel, pendant 42 jours maximum.
L’allocation est versée pour chaque jour de congé, qu’il soit ouvrable ou non. Les montants sont bruts, avant prélèvements sociaux. Point crucial à comprendre : l’AJAP ne couvre que 21 jours (ou 42 en temps partiel) — pas la totalité d’un congé de 3 mois.
Exemple 1 : congé à temps complet de 3 mois
Sophie, salariée au SMIC, suspend totalement son activité pendant 3 mois pour accompagner sa mère. Elle perçoit l’AJAP pendant 21 jours :
21 jours × 64,93 € = 1 363,53 € brut au total sur l’ensemble du congé.
Sur 3 mois sans salaire, l’allocation représente donc un peu plus de 450 € par mois en moyenne : un complément réel, mais très partiel. D’où l’importance d’anticiper financièrement.
Exemple 2 : congé à temps partiel à 50 %
Karim, dont le salaire brut mensuel est de 2 800 €, passe à mi-temps pendant 3 mois pour accompagner son père :
- salaire à 50 % : 1 400 € brut par mois, soit 4 200 € sur 3 mois ;
- AJAP temps partiel : 42 jours × 32,47 € = 1 363,74 € brut au total ;
- revenu total sur le congé : environ 5 563,74 € brut, contre 8 400 € s’il avait travaillé à temps plein.
Le temps partiel reste la formule la plus protectrice financièrement : le salaire est maintenu au prorata et l’AJAP s’ajoute pendant 42 jours.
Exemple 3 : deux frères et sœurs se partagent l’accompagnement
Quand plusieurs personnes accompagnent le même proche, le plafond de 21 jours (ou 42 en temps partiel) est global : il se répartit entre les bénéficiaires. Nadia prend 12 jours et son frère Mehdi 9 jours, tous deux à temps complet :
- Nadia : 12 × 64,93 € = 779,16 € brut ;
- Mehdi : 9 × 64,93 € = 584,37 € brut ;
- total : 1 363,53 €, soit exactement le plafond des 21 jours.
La répartition des jours entre accompagnants doit être précisée dans les demandes adressées à la caisse.
Exemple 4 : congé fractionné
Claire alterne 2 semaines de congé à temps complet puis reprend le travail, à trois reprises sur 4 mois (42 jours de congé au total). L’AJAP lui est versée pour 21 de ces 42 jours : 21 × 64,93 € = 1 363,53 € brut. Le fractionnement n’augmente pas le plafond d’indemnisation, mais il permet de lisser la perte de revenus dans le temps.
Quels droits conservez-vous pendant le congé ?
- Protection contre le licenciement : l’employeur ne peut pas vous licencier en raison de la prise de ce congé (article L.3142-12 du Code du travail).
- Ancienneté : la durée du congé est intégralement prise en compte pour le calcul des avantages liés à l’ancienneté. Pour comprendre son mode de calcul, consultez notre guide sur le calcul de l’ancienneté du salarié.
- Retour garanti : à l’issue du congé, vous retrouvez votre emploi ou un emploi similaire avec une rémunération au moins équivalente.
- Congés payés intacts : le congé de solidarité familiale ne peut pas être déduit de vos congés annuels — et rien ne vous empêche d’accoler des congés payés au congé pour prolonger votre présence.
- Sécurité sociale : vos droits aux remboursements maladie, maternité, invalidité et décès sont maintenus.
- RTT : le congé n’est pas pris en compte pour le calcul de vos jours de RTT — ceux-ci diminuent au prorata de l’absence. Détail du calcul dans notre guide sur les RTT en 2026.
- Retraite : dans le secteur privé, cette période non rémunérée ne génère pas automatiquement de trimestres validés (contrairement aux indemnités journalières maladie ou maternité). Dans la fonction publique, vous pouvez demander sa prise en compte en versant une cotisation spéciale — voir ci-dessous.
Fonction publique : les spécificités du congé
Les agents publics bénéficient du même droit, avec quelques modalités propres, renforcées par le décret n° 2026-119 du 20 février 2026 :
- Maintien dans l’emploi garanti : si votre poste est supprimé ou transformé pendant le congé, l’administration doit vous réaffecter à un emploi similaire de même grade, au plus près de votre ancien lieu de travail.
- Fractionnement : par périodes d’au moins 7 jours consécutifs, dans la limite de 6 mois cumulés.
- Temps partiel : 50 %, 60 %, 70 % ou 80 %, 3 mois renouvelables.
- Allocation : 64,93 € par jour (21 jours max) à temps complet, 32,47 € (42 jours max) à temps partiel — versée par votre administration employeur.
- Demande : écrite, avec le Cerfa n° 14555*01 et l’attestation du médecin. L’administration informe la caisse de sécurité sociale sous 48 heures ; sans réponse de la caisse sous 7 jours, l’allocation est considérée comme accordée.
- Retraite : le congé est considéré comme une période de service effectif et peut être pris en compte pour votre pension si vous versez une cotisation spéciale (prélevée dans la limite de 5 % de votre traitement net par mois). La demande se fait dans les 6 mois suivant la fin du congé.
- Fin anticipée : possible sur demande ; les agents hospitaliers respectent un préavis de 3 jours francs.
Congé de solidarité familiale, congé de proche aidant, congé de présence parentale : ne pas les confondre
Ces trois congés se ressemblent, mais ils ne couvrent pas les mêmes situations :
| Congé | Situation visée | Durée maximale | Allocation |
|---|---|---|---|
| Solidarité familiale | Proche en fin de vie (pronostic vital engagé) | 3 mois renouvelables (6 mois max) | AJAP : 64,93 €/j × 21 j |
| Proche aidant | Proche en perte d’autonomie ou handicapé (pas forcément en fin de vie) | 3 mois renouvelables, 1 an max sur la carrière | AJPA : 66,64 €/j |
| Présence parentale | Enfant de moins de 20 ans gravement malade, handicapé ou accidenté | 310 jours ouvrés sur 3 ans | AJPP |
Si votre proche n’est pas en fin de vie mais souffre d’une perte d’autonomie importante, c’est le congé de proche aidant qui s’applique. Pour un enfant gravement malade, voyez le congé de présence parentale. Les dispositifs peuvent se succéder si la situation évolue, mais pas se cumuler simultanément.
Les erreurs à éviter
- Attendre l’aggravation extrême : le congé s’applique dès que le pronostic vital est engagé, même si la personne peut encore vivre plusieurs mois. Le fractionnement permet de commencer tôt sans « tout consommer » d’un coup.
- Croire que l’AJAP couvre tout le congé : elle est plafonnée à 21 jours (42 en temps partiel). Sur 3 mois à temps complet, prévoyez le reste à charge.
- Oublier la convention collective : certaines branches maintiennent tout ou partie du salaire pendant le congé — vérifiez avant de calculer votre budget.
- Demander le congé alors que le proche est déjà hospitalisé : le congé n’est pas accordé dans ce cas (sauf hospitalisation survenue après le début du congé).
- Négliger les frais de transport : dans la fonction publique, la prise en charge des frais domicile-travail est suspendue pendant le congé. Dans le privé, vérifiez les règles de votre employeur — notre guide sur le remboursement des frais de transport détaille les cas de suspension.
🧮 Nos calculettes utiles
- Calculateur de temps partiel — estimez votre nouveau salaire en passant à 50, 60, 70 ou 80 %.
- Calcul entre deux dates — mesurez précisément la durée de votre congé en jours.
- Convertir des heures en jours — convertissez vos durées pour vos démarches.
Questions fréquentes sur le congé de solidarité familiale
Mon employeur peut-il refuser le congé de solidarité familiale ?
Non pour le congé à temps plein : c’est un droit absolu, l’employeur ne peut ni le refuser ni le reporter une fois les formalités accomplies. En revanche, le fractionnement et le passage à temps partiel nécessitent son accord — à défaut d’accord, vous conservez le droit de prendre le congé à temps complet.
Combien touche-t-on avec l’AJAP en 2026 ?
64,93 € brut par jour pendant 21 jours maximum à temps complet, soit 1 363,53 € brut au total. À temps partiel : 32,47 € brut par jour pendant 42 jours maximum, soit 1 363,74 € brut au total. Si plusieurs proches accompagnent la même personne, le plafond de 21 (ou 42) jours est partagé entre eux.
Faut-il une ancienneté minimale pour en bénéficier ?
Non. Le congé est ouvert dès l’embauche, quel que soit le type de contrat (CDI, CDD, intérim), sans aucune condition d’ancienneté.
Peut-on prendre ce congé pour accompagner un ami ?
Oui, à condition que cet ami vous ait formellement désigné comme sa personne de confiance (document écrit remis à l’équipe soignante), ou si vous partagez le même domicile. Sinon, seuls les ascendants, descendants, frères et sœurs sont éligibles.
Le congé de solidarité familiale compte-t-il pour la retraite ?
Dans le secteur privé, cette période non rémunérée ne génère pas automatiquement de trimestres validés. Dans la fonction publique, vous pouvez demander sa prise en compte pour votre pension en versant une cotisation spéciale, dans les 6 mois suivant la fin du congé.
Que se passe-t-il si la personne accompagnée décède pendant le congé ?
Le congé prend fin dans les 3 jours suivant le décès. Vous retrouvez alors votre poste ou un emploi similaire avec une rémunération au moins équivalente. Si le décès survient pendant une période fractionnée de moins de 7 jours, l’allocation reste versée pour les jours entre la réception de votre demande et le lendemain du décès.
Sources : Code du travail (art. L.3142-6 à L.3142-15), service-public.gouv.fr (fiches F16128 et F17949, vérifiées le 1er avril 2026), décret n° 2026-119 du 20 février 2026.
