Vous accueillez un enfant en vue d’adoption ? Bonne nouvelle : la loi vous ouvre un congé d’adoption dont la durée varie entre 16 et 22 semaines selon votre situation familiale, avec des indemnités journalières pouvant atteindre 104,02 € par jour en 2026. Et depuis juillet 2026, vous pouvez prolonger d’un à deux mois grâce au nouveau congé supplémentaire de naissance, indemnisé à 70 % puis 60 % de votre rémunération.
Dans ce guide, on passe en revue les conditions d’accès, le tableau complet des durées, la formule exacte de calcul de vos indemnités avec trois exemples chiffrés, les règles du partage entre parents et toutes les démarches à ne pas rater.
Qui peut bénéficier du congé d’adoption ?
Le congé d’adoption est ouvert à tout salarié du secteur privé comme à tout agent de la fonction publique qui accueille un enfant en vue d’adoption. L’enfant doit vous avoir été confié par un organisme habilité : l’AFA (Agence française de l’adoption), l’ASE (Aide sociale à l’enfance) ou un organisme français autorisé. Pour une adoption à l’étranger, c’est l’autorité étrangère compétente qui officialise la remise de l’enfant.
En France, aucun enfant ne peut vous être confié sans l’agrément adoption, délivré par le président du conseil départemental après évaluation de votre aptitude à accueillir un enfant. C’est ce document qui déclenche tout le reste.
Point important : votre employeur ne peut ni refuser votre congé d’adoption, ni vous imposer d’en décaler les dates. Il s’agit d’un droit, pas d’une faveur.
Quelle durée pour le congé d’adoption en 2026 ?
La durée légale est identique dans le privé et le public. Elle dépend de deux paramètres : le nombre d’enfants que vous adoptez, et le nombre d’enfants déjà à votre charge.
Vous adoptez un seul enfant
| Enfants déjà à charge | Durée (un seul parent) | Durée (partagée entre les 2 parents) |
|---|---|---|
| 0 ou 1 enfant | 16 semaines | 16 semaines + 25 jours |
| 2 enfants ou plus | 18 semaines | 18 semaines + 25 jours |
Vous adoptez deux enfants ou plus
| Enfants déjà à charge | Durée (un seul parent) | Durée (partagée entre les 2 parents) |
|---|---|---|
| Sans incidence | 22 semaines | 22 semaines + 32 jours |
Le partage du congé entre les deux parents
Si votre conjoint remplit lui aussi les conditions d’ouverture de droit, vous pouvez partager le congé d’adoption. Le congé est alors fractionné en deux périodes par parent, qui peuvent se suivre ou être prises en même temps. Chaque période doit durer au minimum 25 jours (un seul enfant adopté) ou 32 jours (deux enfants ou plus). Ces modalités de fractionnement ont été sécurisées par un décret du 20 février 2026, dans le privé comme dans le public.
Concrètement, pour un couple qui adopte un premier enfant : l’un des parents peut prendre 16 semaines d’affilée pendant que l’autre prend 25 jours en même temps, ou bien les deux parents peuvent se relayer sur plusieurs mois. La seule contrainte, c’est la durée minimale de chaque période.
Quand le congé peut-il commencer ?
En règle générale, le congé démarre à la date d’arrivée de l’enfant à votre domicile. Mais vous avez le choix : il peut aussi débuter 7 jours avant l’arrivée de l’enfant, ou le premier jour ouvrable suivant son arrivée.
Attention au délai limite : vous devez prendre votre congé d’adoption au plus tard 8 mois après l’arrivée de l’enfant dans votre foyer. Passé ce délai, le droit est perdu.
Comment sont calculées vos indemnités journalières ?
Pendant votre congé, votre contrat de travail est suspendu : votre salaire n’est plus versé. En contrepartie, vous pouvez percevoir des indemnités journalières de Sécurité sociale (IJSS), calculées comme pour un congé maternité.
Les conditions à remplir
D’après l’Assurance Maladie, vous devez :
- cesser toute activité salariée pendant le congé ;
- avoir travaillé au moins 150 heures au cours des 3 mois précédant l’arrivée de l’enfant, ou avoir cotisé sur un salaire au moins égal à 1 015 fois le SMIC horaire au cours des 6 mois précédents ;
- justifier d’au moins 6 mois d’affiliation à l’Assurance Maladie à la date d’arrivée de l’enfant.
La formule de calcul
Votre indemnité journalière est égale à votre gain journalier de base, calculé ainsi :
(Total de vos salaires bruts des 3 derniers mois ÷ 91,25) × 0,79
Les salaires pris en compte sont plafonnés au plafond mensuel de la Sécurité sociale, soit 4 005 € en 2026. Le taux forfaitaire de 21 % (le × 0,79) représente la part salariale des cotisations. Résultat : votre IJSS ne peut pas dépasser 104,02 € par jour en 2026, ni être inférieure à 11,12 €.
Les indemnités sont versées tous les 14 jours, pour chaque jour calendaire du congé (week-ends compris). Avant versement, elles subissent la CSG (6,20 %) et la CRDS (0,50 %), et elles sont soumises à l’impôt sur le revenu avec prélèvement à la source.
Trois exemples chiffrés
Exemple 1 — Léa, 2 800 € brut par mois, 16 semaines de congé.
Salaires des 3 derniers mois : 8 400 €. Gain journalier de base : 8 400 ÷ 91,25 = 92,05 €. IJSS : 92,05 × 0,79 = 72,72 € par jour, soit environ 67,85 € net après CSG-CRDS. Sur 16 semaines (112 jours) : 8 144,64 € brut au total.
Exemple 2 — Karim, cadre à 5 200 € brut par mois, 2 enfants déjà à charge, 18 semaines.
Son salaire dépasse le plafond : la base retenue est donc 4 005 × 3 = 12 015 €. Gain journalier : 12 015 ÷ 91,25 = 131,67 €. IJSS : 131,67 × 0,79 = 104,02 € par jour, soit le maximum légal 2026. Sur 18 semaines (126 jours) : 13 106,52 € brut.
Exemple 3 — Sofia, temps partiel à 1 450 € brut par mois, adoption de jumeaux, 22 semaines.
Salaires des 3 derniers mois : 4 350 €. Gain journalier : 4 350 ÷ 91,25 = 47,67 €. IJSS : 47,67 × 0,79 = 37,66 € par jour. Sur 22 semaines (154 jours) : 5 799,64 € brut.
Bon à savoir : votre convention collective peut prévoir un maintien de salaire par l’employeur. Dans ce cas, les IJSS sont versées directement à l’employeur — c’est la subrogation. Renseignez-vous, car c’est un vrai plus : l’écart entre votre salaire habituel et les 104,02 € maximum peut être important. Pour le détail du mécanisme des IJSS, consultez notre guide des indemnités journalières.
Congé d’adoption dans la fonction publique
Si vous êtes fonctionnaire, les règles de durée sont les mêmes, mais l’indemnisation est nettement plus favorable : vous conservez l’intégralité de votre traitement indiciaire pendant toute la durée du congé. S’y ajoutent l’indemnité de résidence et la nouvelle bonification indiciaire (NBI) si vous en bénéficiez.
Le supplément familial de traitement (SFT) continue lui aussi d’être versé à 100 %, et les droits SFT pour le nouvel enfant démarrent le premier jour du mois suivant son arrivée. Le congé d’adoption étant considéré comme une période d’activité, il est sans incidence sur votre avancement et sur le calcul de votre pension de retraite.
Le nouveau congé supplémentaire de naissance (depuis juillet 2026)
Depuis le 1er juillet 2026, un nouveau dispositif prolonge le congé d’adoption : le congé supplémentaire de naissance. Il concerne les enfants nés ou arrivés au foyer à compter du 1er janvier 2026, et peut être demandé par chacun des deux parents, à condition d’avoir d’abord pris l’intégralité de son congé d’adoption.
- Durée : 1 ou 2 mois au choix, fractionnable en deux périodes d’un mois ;
- Indemnisation dégressive : 70 % de votre rémunération le premier mois, puis 60 % le second mois, dans la limite du plafond de la Sécurité sociale ;
- Délai : à prendre dans les 9 mois suivant l’arrivée de l’enfant. Si l’enfant est arrivé entre le 1er janvier et le 30 juin 2026, vous disposez d’un délai dérogatoire jusqu’au 31 mars 2027.
Exemple : avec un salaire net de 2 200 €, vous touchez environ 1 540 € le premier mois, puis 1 320 € le second. Les deux parents peuvent le prendre ensemble ou l’un après l’autre, en une fois ou en deux fois. Pour les fonctionnaires, le SFT et l’indemnité de résidence restent versés à 100 % pendant ce congé.
Vos droits pendant et après le congé
Protection contre le licenciement. Pendant toute la durée du congé d’adoption, vous ne pouvez pas être licencié. La seule exception : une faute grave, ou une impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger au congé.
Retour à l’emploi. À l’issue du congé, vous retrouvez votre poste précédent ou un poste similaire, avec une rémunération au moins équivalente. Ce droit au retour est absolu.
Congés payés. Le congé d’adoption est assimilé à du temps de travail effectif pour le calcul des congés payés : vous continuez à acquérir vos 2,5 jours ouvrables par mois pendant toute sa durée. Sur 16 semaines, cela représente environ 10 jours ouvrables supplémentaires — ne les oubliez pas dans votre décompte.
Retraite. La période est également prise en compte pour votre retraite : les trimestres sont validés comme des périodes d’activité.
Enchaîner avec un congé parental. Rien ne vous oblige à reprendre le travail à la fin du congé d’adoption : vous pouvez enchaîner directement avec un congé parental d’éducation, à temps plein ou à temps partiel, pour rester auprès de l’enfant.
Adoption internationale : ce qui change
Si vous devez vous rendre à l’étranger ou en outre-mer pour aller chercher l’enfant, vous pouvez bénéficier d’un congé non rémunéré (ou d’une disponibilité pour les fonctionnaires) de 6 semaines maximum pour effectuer le déplacement.
Le congé d’adoption lui-même peut débuter 7 jours avant l’arrivée effective de l’enfant en France. En revanche, l’indemnisation ne démarre jamais avant la date apposée sur le visa de l’enfant — les jours passés à l’étranger avant cette date ne sont pas indemnisés par l’Assurance Maladie.
Les démarches, étape par étape
1. Prévenez votre employeur par écrit. Envoyez une lettre recommandée avec accusé de réception (ou remettez-la en main propre contre récépissé) en précisant le motif — l’adoption — et la date de début souhaitée. Il n’existe pas de délai légal imposé, mais prévenez dès que la date d’arrivée de l’enfant est connue : cela sécurise vos droits et accélère le versement des indemnités.
2. Joignez l’attestation de l’organisme. Un document prouvant que l’enfant vous est confié en vue d’adoption, avec la date d’arrivée prévue. Si vous êtes en couple, votre conjoint doit attester par écrit qu’il renonce au congé d’adoption ou que vous souhaitez le partager.
3. Faites établir l’attestation de salaire. Votre employeur transmet à la CPAM l’attestation de salaire nécessaire au calcul de vos IJSS. Vérifiez qu’elle est bien envoyée rapidement : c’est elle qui débloque vos paiements.
4. Pensez au congé supplémentaire de naissance. Dès la fin de votre congé d’adoption, si vous voulez prolonger, déposez la demande du nouveau congé supplémentaire dans les délais (9 mois après l’arrivée, ou 31 mars 2027 pour les arrivées du premier semestre 2026).
Modèle de lettre de demande
Objet : demande de congé d’adoption
Madame / Monsieur,
J’ai l’honneur de vous informer que je sollicite un congé d’adoption à compter du [date], pour une durée de [16 / 18 / 22] semaines, suite à l’arrivée à mon domicile de l’enfant [prénom] qui m’est confié en vue d’adoption par [organisme], prévue le [date].
Vous trouverez ci-joint l’attestation de l’organisme ainsi que [l’attestation de mon conjoint précisant qu’il ne bénéficiera pas du congé d’adoption / notre demande de partage du congé].
Je vous prie d’agréer, Madame / Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.
[Signature]
Les erreurs qui coûtent cher
Attendre l’arrivée de l’enfant pour prévenir l’employeur. C’est l’erreur la plus fréquente : elle retarde le début du congé et le versement des indemnités. Envoyez votre courrier dès que la date est connue.
Ne pas vérifier sa convention collective. Certaines branches prévoient le maintien intégral du salaire ou des durées allongées. Ne vous contentez pas du minimum légal.
Oublier le congé supplémentaire de naissance. C’est un droit nouveau, encore méconnu : jusqu’à deux mois de plus à 70 % puis 60 %, mais avec un délai de 9 mois à ne pas dépasser.
Négliger les congés payés acquis pendant le congé. Vos 2,5 jours par mois continuent de s’accumuler : intégrez-les dans votre planning de retour, ou demandez leur paiement si vous ne les prenez pas.
Questions fréquentes sur le congé d’adoption
Le congé d’adoption est-il cumulable avec le congé de paternité ?
Non : pour un même enfant, vous bénéficiez soit du congé d’adoption, soit du congé de paternité et d’accueil de l’enfant, pas des deux. En revanche, le congé d’adoption se cumule bien avec le nouveau congé supplémentaire de naissance et avec un congé parental pris ensuite.
Que se passe-t-il si le placement en vue d’adoption prend fin pendant mon congé ?
Si l’organisme retire l’enfant, le congé cesse immédiatement à la date du retrait. Prévenez sans délai votre employeur et votre CPAM pour régulariser votre situation et stopper les indemnités.
Mon employeur peut-il me licencier pendant mon congé d’adoption ?
Non, sauf faute grave ou impossibilité de maintenir le contrat pour un motif sans rapport avec le congé. Cette protection couvre toute la durée du congé, dans le privé comme dans le public.
Les deux parents peuvent-ils prendre le congé en même temps ?
Oui, à condition que chacun remplisse les conditions d’ouverture de droit. Le congé partagé est alors fractionné en deux périodes par parent (25 jours minimum chacune pour un enfant, 32 jours pour deux enfants ou plus), prises simultanément ou en alternance.
Le congé d’adoption compte-t-il pour la retraite ?
Oui. La période est assimilée à du temps de travail effectif : elle est prise en compte pour le calcul de votre pension et n’a aucune incidence sur votre avancement, que vous soyez salarié ou fonctionnaire.
Combien vais-je toucher exactement chaque mois ?
Appliquez la formule (salaires bruts des 3 derniers mois ÷ 91,25) × 0,79, dans la limite de 104,02 € par jour en 2026. Avec 2 800 € brut par mois, cela donne 72,72 € par jour, soit environ 2 180 € brut par mois de congé (30 jours × 72,72 €).
Nos calculettes utiles
- Calcul entre deux dates — calculez la date exacte de fin de vos 16, 18 ou 22 semaines de congé, et vérifiez les délais limites (8 mois pour le congé, 9 mois pour le congé supplémentaire) ;
- Addition d’heures — additionnez vos heures travaillées sur les 3 derniers mois pour vérifier la condition des 150 heures d’ouverture de droit.
