Vous tombez malade, le médecin vous arrête cinq jours, et à la fin du mois votre paie est amputée de plusieurs centaines d’euros. La raison tient en deux mots : jours de carence. En 2026, un salarié du privé perd trois jours de salaire avant de toucher la moindre indemnité, quand un fonctionnaire n’en perd qu’un seul. Pire, beaucoup confondent la carence de la Sécurité sociale et celle de l’employeur — deux délais différents qui se cumulent.
Un jour de carence, c’est quoi ?
Le jour de carence est un jour d’arrêt maladie ni payé par l’employeur, ni indemnisé par la Sécurité sociale. Pendant cette période, vous ne percevez rien : ni salaire, ni indemnités journalières de Sécurité sociale (IJSS). Les IJSS ne commencent qu’une fois le délai écoulé.
Deux précisions importantes. D’abord, les jours de carence se comptent en jours calendaires : samedi, dimanche et jours fériés comptent. Ensuite, il existe en réalité deux carences distinctes : celle de la CPAM, qui conditionne les IJSS, et celle de l’employeur, qui conditionne le maintien de salaire. Elles ne démarrent pas au même moment, et c’est là que la plupart des erreurs de paie se produisent.
Combien de jours de carence en arrêt maladie en 2026 ?
| Statut | Carence CPAM | IJSS à partir du | Maintien de salaire employeur |
|---|---|---|---|
| Salarié du secteur privé | 3 jours | 4e jour | Dès le 8e jour (7 jours de carence), si 1 an d’ancienneté |
| Fonctionnaire titulaire | 1 jour | 2e jour | 90 % du traitement les 3 premiers mois, puis 50 % |
| Agent contractuel de la fonction publique | 3 jours (régime CPAM) | 4e jour | Maintien par l’employeur dès 4 mois d’ancienneté |
| Indépendant, artisan, commerçant | 3 jours (0 jour si hospitalisation) | 4e jour | — |
| Profession libérale | 3 jours | 4e jour | — |
| Demandeur d’emploi indemnisé | 3 jours | 4e jour | — |
| Salarié en Alsace-Moselle | 3 jours (CPAM) | 4e jour | Maintien à 100 % dès le 1er jour, sans ancienneté |
Un cadre et un employé ont exactement les mêmes jours de carence : c’est le statut, pas le poste ni le salaire, qui détermine la règle.
La réforme des 3 jours de carence pour les fonctionnaires a-t-elle été adoptée ?
Non. Dans le cadre du projet de loi de finances pour 2026, le Sénat avait voté l’alignement de la fonction publique sur le privé, avec un passage de 1 à 3 jours de carence pour les agents publics. La mesure a finalement été supprimée lors de l’adoption définitive du budget, le 27 janvier 2026. Les fonctionnaires conservent donc leur délai d’1 jour de carence en 2026.
En revanche, un durcissement est déjà en vigueur : depuis le 1er mars 2025, les trois premiers mois de congé de maladie ordinaire sont indemnisés à 90 % du traitement indiciaire (contre 100 % auparavant), puis à 50 % pendant les neuf mois suivants. Les arrêts pour accident de service ou maladie professionnelle restent indemnisés à 100 %.
Les deux carences à ne pas confondre : 3 jours et 7 jours
La carence de la Sécurité sociale : 3 jours
La CPAM ne verse aucune IJSS pendant les trois premiers jours d’un arrêt maladie ordinaire. Les indemnités démarrent le 4e jour. Cette carence s’applique à tous les salariés du privé, quel que soit leur contrat (CDI, CDD, temps partiel, intérim, apprentissage).
La carence de l’employeur : 7 jours
Le maintien de salaire légal par l’employeur (article L.1226-1 du Code du travail) ne démarre que le 8e jour d’arrêt, et seulement si le salarié justifie d’au moins un an d’ancienneté. Un salarié arrêté sept jours ne touche donc que les IJSS des jours 4 à 7 — l’employeur ne verse rien. À partir du 8e jour, l’employeur complète les IJSS pour garantir 90 % du salaire brut, puis 66,67 %.
La plupart des conventions collectives sont plus généreuses : maintien à 100 % du salaire, souvent sans carence, parfois dès l’embauche. C’est la convention qui s’applique dès qu’elle est plus favorable, et c’est elle qu’il faut paramétrer en paie.
Comment calculer la retenue sur salaire pendant la carence
La retenue pour les jours de carence se calcule comme n’importe quelle retenue pour absence. Deux méthodes existent en paie.
La méthode du 30e (la plus courante)
Le salaire mensuel est divisé par 30, quel que soit le nombre de jours du mois. Chaque jour calendaire d’absence — week-end compris — vaut un trentième du salaire brut.
Formule : retenue = salaire brut mensuel ÷ 30 × nombre de jours de carence
Pour un salaire de 2 500 € bruts : 2 500 ÷ 30 = 83,33 € par jour, soit 250 € de retenue brute pour 3 jours de carence.
La méthode des heures réelles (recommandée par la Cour de cassation)
La retenue est calculée sur les heures réellement non travaillées : salaire mensuel ÷ nombre d’heures de travail du mois × heures d’absence. Cette méthode est recommandée par la Cour de cassation, notamment en cas d’absence de maintien de salaire.
Dans les deux cas, la retenue porte sur le salaire brut : le montant net perdu est donc inférieur, puisque les cotisations ne sont pas prélevées sur la partie retenue. À l’inverse, les IJSS sont soumises à la CSG (6,2 %) et à la CRDS (0,5 %), prélevées directement par la CPAM avant versement.
Combien coûtent 3 jours de carence ? Exemples chiffrés
Tous les exemples sont calculés sans maintien conventionnel, c’est-à-dire au minimum légal.
Exemple 1 : salarié au SMIC, arrêt de 7 jours
Salaire brut : 1 867,02 € par mois (SMIC 2026). Retenue de carence : 1 867,02 ÷ 30 × 3 = 186,70 € bruts. Salaire journalier de base : (1 867,02 × 3) ÷ 91,25 = 61,38 €. IJSS : 61,38 × 50 % = 30,69 € par jour, versées du 4e au 7e jour, soit 122,76 € brutes. Reste à charge : 186,70 − 122,76 = 63,94 € bruts, soit une trentaine d’euros nets.
Exemple 2 : salarié à 2 500 € bruts, arrêt de 5 jours
Retenue de carence : 2 500 ÷ 30 × 3 = 250 € bruts. Salaire journalier de base : 7 500 ÷ 91,25 = 82,19 €. IJSS : 41,10 € par jour, versées les jours 4 et 5, soit 82,19 € brutes. Reste à charge : 250 − 82,19 = 167,81 € bruts, soit environ 118 € nets.
Exemple 3 : cadre à 3 500 € bruts, arrêt de 10 jours, 3 ans d’ancienneté
Jours 1 à 3 : aucune indemnisation, retenue de 3 × 116,67 = 350 € bruts. Jours 4 à 7 : IJSS seules. Le salaire journalier de base est plafonné à 1,4 SMIC (2 613,83 € par mois) : (2 613,83 × 3) ÷ 91,25 = 85,94 €, soit une IJSS de 42,97 € par jour — le maximum 2026. Quatre jours d’IJSS : 171,88 € brutes. Jours 8 à 10 : maintien de salaire à 90 % du brut, soit 3 × 105 € = 315 € brutes. Total perçu sur dix jours : 486,88 € brutes, contre 1 166,67 € attendus. Perte brute : environ 680 €.
Les IJSS après la carence : montant et plafond 2026
Passé le délai de carence, l’IJSS maladie vaut 50 % du salaire journalier de base, calculé en additionnant les trois derniers salaires bruts précédant l’arrêt, divisés par 91,25.
Depuis le 1er avril 2025 (décret n° 2025-160 du 20 février 2025), le salaire pris en compte est plafonné à 1,4 fois le SMIC mensuel, contre 1,8 SMIC auparavant. En 2026, l’IJSS maximale s’élève à 41,95 € bruts par jour pour les arrêts débutant entre le 1er février et le 30 juin, puis à 42,97 € bruts par jour à compter du 1er juillet (SMIC à 1 867,02 €). Avant la réforme, le maximum atteignait 53,31 € par jour : pour les rémunérations au-dessus de 1,4 SMIC, la baisse atteint environ 22 % sur la part Sécurité sociale.
Les IJSS sont versées tous les 14 jours par la CPAM. Pour le détail du calcul et de l’attestation de salaire, consultez notre guide sur l’arrêt maladie et le calcul des IJSS.
Le maintien de salaire par l’employeur : durées et taux
Après un an d’ancienneté, l’employeur doit compléter les IJSS à hauteur de 90 % du salaire brut pendant une première période, puis 66,67 % pendant une seconde période de même durée :
| Ancienneté | À 90 % du brut | À 66,67 % du brut |
|---|---|---|
| 1 à 5 ans | 30 jours | 30 jours |
| 6 à 10 ans | 40 jours | 40 jours |
| 11 à 15 ans | 50 jours | 50 jours |
| 16 à 20 ans | 60 jours | 60 jours |
| 21 à 25 ans | 70 jours | 70 jours |
| 26 à 30 ans | 80 jours | 80 jours |
| 31 ans et plus | 90 jours | 90 jours |
Le complément employeur est calculé après déduction des IJSS brutes et, le cas échéant, des prestations de prévoyance financées par l’employeur : l’entreprise ne verse que la différence.
Quand n’y a-t-il pas de jour de carence ?
Le délai de carence ne s’applique pas dans plusieurs situations. Les connaître, c’est parfois récupérer trois jours de salaire.
Accident du travail et maladie professionnelle
Aucun délai de carence : les IJSS sont versées dès le 1er jour, à 60 % du salaire journalier les 28 premiers jours, puis à 80 % au-delà. Le maintien de salaire par l’employeur démarre lui aussi dès le 1er jour. Montants maximums : 240,49 € par jour les 28 premiers jours, puis 320,66 € par jour.
Maternité, paternité et adoption
Pas de carence non plus. Les indemnités journalières sont versées dès le premier jour, avec un maximum de 104,02 € par jour en 2026.
Affection de longue durée (ALD)
Pour les ALD reconnues (cancer, diabète, maladies cardiovasculaires graves, etc.), le délai de carence ne s’applique qu’au premier arrêt lié à l’ALD. Les arrêts suivants pour la même affection, sur une période de trois ans, sont indemnisés dès le premier jour.
La règle des 48 heures : le droit méconnu
Deux arrêts séparés par une reprise de travail de moins de 48 heures ne relancent pas la carence, dans le privé comme dans le public. Si vous reprenez le travail un jour puis êtes de nouveau arrêté pour la même affection, les IJSS reprennent dès le premier jour du second arrêt. Pour un salarié à 2 500 € bruts, cela représente 250 € bruts économisés.
Alsace-Moselle : zéro jour de carence patronale
En Alsace-Moselle (Bas-Rhin, Haut-Rhin, Moselle), l’article L.1226-23 du Code du travail impose à l’employeur de maintenir le salaire à 100 % dès le premier jour d’absence, sans condition d’ancienneté, déduction faite des IJSS. Pour les « commis commerciaux », le maintien intégral est plafonné à six semaines (article L.1226-24).
Dans la fonction publique
Le jour de carence ne s’applique pas en cas de prolongation ou de deuxième arrêt pour la même cause avec une reprise de moins de 48 heures, d’ALD (un seul jour de carence sur trois ans), de congé de longue maladie ou de longue durée, de grossesse pathologique, de maternité, d’accident de service ou de maladie professionnelle, de congé pour invalidité temporaire imputable au service (CITIS), ni de congé accordé dans les treize semaines suivant le décès d’un enfant de moins de 25 ans.
Les cas particuliers à connaître
Temps partiel
La carence se compte en jours calendaires, pas en jours travaillés : un salarié à temps partiel perd les mêmes trois jours, même si l’arrêt commence un jour non travaillé. La retenue est calculée sur le salaire à temps partiel réellement versé.
Un arrêt de 3 jours ou moins : zéro indemnité
Un arrêt de deux jours ne donne droit à aucune IJSS : la totalité de l’arrêt se situe dans le délai de carence. Seul un maintien conventionnel ou une prévoyance peut compenser la perte.
Que faire pendant les jours de carence ?
- Envoyez votre arrêt sous 48 heures à votre employeur et à votre CPAM. Un envoi tardif peut entraîner une retenue sur les IJSS, voire un refus d’indemnisation. L’employeur établit ensuite l’attestation de salaire qui permet à la CPAM de calculer vos indemnités.
- Vérifiez votre convention collective : beaucoup prévoient le maintien à 100 % dès le premier jour, ou la prise en charge des trois jours de carence. Si votre paie applique le minimum légal alors que votre convention est plus favorable, un rappel de salaire peut être dû.
- Relisez votre contrat de prévoyance : de nombreux régimes collectifs indemnisent les jours de carence ou complètent les IJSS au-delà du plafond de 42,97 € par jour.
- Signalez toute rechute de moins de 48 heures à la CPAM : c’est à vous d’indiquer que le nouvel arrêt fait suite au précédent pour la même affection, faute de quoi un nouveau délai de carence sera appliqué.
Questions fréquentes sur les jours de carence
Combien de jours de carence en arrêt maladie en 2026 ?
Trois jours dans le secteur privé (IJSS à partir du 4e jour), un seul jour dans la fonction publique. Le projet de passer la fonction publique à trois jours a été abandonné lors de l’adoption du budget 2026.
Les jours de carence sont-ils payés par l’employeur ?
Non, sauf si votre convention collective, un accord d’entreprise ou votre prévoyance le prévoit. Au minimum légal, l’employeur ne verse son complément qu’à partir du 8e jour d’arrêt, et seulement après un an d’ancienneté.
Un arrêt maladie de 2 jours donne-t-il droit aux IJSS ?
Non. L’arrêt se situe entièrement dans le délai de carence : aucune indemnité journalière n’est versée. Seuls un maintien conventionnel ou une prévoyance peuvent compenser la retenue.
Les jours de carence comptent-ils le week-end ?
Oui : ils se comptent en jours calendaires. Un arrêt qui débute un vendredi voit son délai de trois jours se terminer le dimanche, et les IJSS démarrent le lundi.
Je retombe malade deux jours après ma reprise : dois-je subir une nouvelle carence ?
Non, si la reprise a duré moins de 48 heures et que le nouvel arrêt concerne la même affection : les IJSS reprennent dès le premier jour du second arrêt. Au-delà de 48 heures de reprise, un nouveau délai s’applique, sauf prolongation.
Y a-t-il un jour de carence en cas d’accident du travail ?
Non. Les accidents du travail et les maladies professionnelles ne connaissent aucun délai de carence : les IJSS sont versées dès le premier jour, à 60 % du salaire journalier les 28 premiers jours, puis à 80 %.
À retenir
En 2026, un arrêt maladie coûte d’abord trois jours de salaire dans le privé — un seul dans la fonction publique — avant que la Sécurité sociale n’indemnise quoi que ce soit. Les IJSS, plafonnées à 42,97 € par jour depuis juillet 2026, ne compensent qu’environ la moitié du salaire journalier. Trois réflexes changent vraiment la donne : vérifier sa convention collective, relire sa prévoyance et signaler toute rechute de moins de 48 heures.
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